Le point de vue du DRH : Pascal Lobry, DRH de Spie Oil & Gas Services

« La vraie question est la suivante : un salarié surinvesti l’est-il par choix ou par contrainte ? »

« Dans l’entreprise, on voit souvent le surinvestissement comme une attitude positive, parce qu’il est préférable de donner plus que beaucoup. Ce qui est clair, c’est que le contexte économique et les progrès de la technologie incitent au surinvestissement. Les règles du jeu sont plus dures, les exigences plus fortes et l’entreprise ne sait plus fonctionner avec le niveau d’engagement qu’on attendait des cadres il y a vingt ans. La vraie question, pour moi, est la suivante : un salarié surinvesti l’est-il par choix ou par contrainte ? Une personne qui se consacre beaucoup, voire entièrement à son travail parce qu’elle y trouve son compte, pourquoi pas ? Le problème, c’est quand on le fait de façon subie voire soumise, aliénée, sans le vouloir réellement, en se laissant embarquer dans un mouvement qui dépasse le collaborateur. À terme, cette attitude est néfaste pour le salarié comme pour l’entreprise. »

Libre arbitre. « Face au surinvestissement, j’ai envie de faire d’abord appel à la responsabilité individuelle. D’un certain point de vue, il est parfois “confortable” de subir et de rejeter la faute sur l’entreprise, sur le système. J’aime à penser que les salariés ont encore leur libre arbitre. À chacun de faire un diagnostic et d’exprimer ses difficultés, y compris à sa hiérarchie. Dans la grande majorité des cas, une discussion peut amener à des aménagements et à une amélioration de la situation du collaborateur. Parfois, cela aboutit à une séparation. Celle-ci, à l’extrême, n’est-elle pas préférable à une situation invivable ? »

« A contrario, la distance embarrasse l’entreprise dès lors qu’elle y voit le creuset d’attitudes négatives, comme la désinvolture, le manque de loyauté ou de fidélité à son égard. Certains managers se plaisent à croire qu’il ne faut pas de distance du tout, car celui qui n’est pas distant n’est pas ailleurs, et est donc bien présent à son travail. La distance laisse à penser qu’il y a “quelque chose” entre le salarié et son employeur, un territoire inconnu et non maîtrisé qui peut inquiéter l’entreprise. »

« Pour moi, la “bonne distance” est une richesse, car elle permet la différence et n’empêche en rien une forte mobilisation du salarié. L’entreprise a besoin de collaborateurs qui apportent de la diversité, un point de vue, un regard nouveau sur les choses, qui conservent leur liberté de parole. Elle manque le plus souvent de personnes capables de cette distance généreuse et contributive. »

 

Baisse de responsabilités, absence d'évolution, mise au placard... Vous avez une question ?  Venez échanger sur notre forum

Marie-Pierre Noguès-Ledru

Février 2008

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