Stressé… par des sollicitations incessantes

Au travail aussi, l’enfer, c’est les autres. François*, 42 ans, peut en témoigner. « Toutes les cinq minutes, je suis dérangé, peste ce Lorrain, responsable des achats dans l’industrie papetière. Il a le sentiment « d’écoper sans fin, que ça ne s’arrêtera jamais ». Que faire ? L’analyse et les conseils de Dominique Villaume, coach et formatrice chez Congruences à Strasbourg.

« À la moindre panne, les employés m’appellent ou débarquent dans mon bureau. Ils posent la pièce défectueuse sur la table – en m’en ­demandant d’urgence une nouvelle pour pouvoir redémarrer la ­machine. » François n’arrive même plus à trouver une demi-heure de calme pour se plonger dans les dossiers importants.

 

Vingt minutes pour se concentrer. Le stress décrit par François fait des ravages : comme lui, 77 % des cadres disent être régulièrement interrompus dans leur tâche (1). « En usine, confirme Dominique Villaume, coach et formatrice chez Congruences à Strasbourg, les cols blancs souffrent des flux tendus : ils sont sommés de réagir sur-le-champ à une foule de demandes. » Les chefs de projet ou les cadres administratifs du tertiaire ne sont néanmoins pas épargnés, constate la coach, qui cite les obligations de reporting constant, les open space (et l’agitation alentour), ou ­encore les e-mails auxquels on se sent obligé de répondre illico. « Or le problème, souligne Dominique Villaume, c’est qu’on a tous besoin de vingt minutes pour arriver à se concentrer sur un sujet. » Les interruptions et le stress qui en découle nuisent donc à l’efficacité professionnelle autant qu’à la santé personnelle. Maux de ventre, insomnies ont ainsi longtemps taraudé François. « Ou bien, se souvient-il, poussé à bout, je m’emportais contre les collègues. Et après, je m’en voulais. »

 

Une formation salvatrice. Heureusement, depuis deux ans, François a changé « du tout au tout ». « J’ai suivi huit formations en développement personnel – notamment une de cinq jours sur la gestion du stress. » De quoi apprendre à relativiser : « J’ai vu des participants à bout se mettre à pleurer. Je me suis dit : “Je ne veux pas en arriver là.” » François a donc retenu plusieurs techniques. « Ce qui m’aide le plus ? Mes dix minutes de relaxation avant de dormir, et le temps que je prends désormais pour moi – pour souffler après les devoirs des enfants, pour boire un café le ­dimanche avec les amis… » Chaque soir, François fait aussi « un petit travelling arrière sur la journée » : « Ça a été chargé ? J’ai fait le maximum et ça s’est plutôt bien passé. J’ai commis des erreurs ? Pas de quoi se torturer. »

Cette métamorphose laisse la coach « admirative » : « Pour ce monsieur, la formation a eu lieu au bon moment. Il était prêt à changer, et surtout dans la durée. » Car dans cette ­urgence constante et ces innombrables demandes, ne trouve-t-on pas aussi certains bénéfices cachés ? Une ­manière d’obtenir de la reconnaissance en incarnant un « sauveur » ? Un besoin de contrôle (au fond, on est rassuré que tout passe par soi) ?

 

L’analyse et les conseils de Dominique Villaume, coach et formatrice chez Congruences à Strasbourg.

Comme François, commencez par vous offrir chaque jour un bonheur : une belle chanson à ­savourer, dix minutes de marche pieds nus dans l’herbe, un massage crânien… Au bureau, testez les exercices de respiration et de gym oculaire : « En deux minutes, on arrive à une vraie détente », s’enthousiasme la coach.

Et si le stress grimpe, « regardez la situation comme une scène à la télé », recommande François. Cette prise de distance permettra de distinguer urgent et important.

Supprimer le bip annonçant chaque nouveau mail, conseille aussi Dominique Villaume. Mais ce type de « stresseur » demande aussi que les collègues changent d’attitude.

Désormais, lorsqu’il se sent agressé, François le dit. « La tension retombe, raconte le cadre, tout fier. Je ne suis plus une éponge : je m’affirme, au lieu d’exploser plus tard. »

Autres solutions pour mettre le holà : opter pour des fanions posés au coin de son bureau (vert = vous pouvez venir me parler ; rouge = je suis occupé). Ou bien signaler qu’on ne doit jamais être ­dérangé entre 9 h et 11 h, afin de pouvoir s’atteler aux gros dossiers.

Et définir une gradation : si un problème mineur survient, les collaborateurs envoient un mail. Si c’est plus sérieux, ils téléphonent. Et pour les cas « zone rouge », ils peuvent venir dans le bureau. « Or, garantit la coach, les problèmes graves ne surviennent pas dix fois par jour ! » l

 

(*) Les personnes dont le patronyme n’est pas mentionné ont souhaité garder l’anonymat.

(1) Source : Baromètre Stress CFE-CGC, février 2007.

Myriam Greuter

Septembre 2008

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