Halte à la culpabilité, nous ne réagissons pas tous de la même façon au stress, ni dans ses causes, ni dans ses symptômes. Mais chacun peut trouver sa stratégie pour y faire face. Les explications de Barbara Stabile, psychologue et directrice adjointe de la plate-forme d’écoute de Psya (entreprise spécialisée dans la prévention et la gestion des risques psychosociaux).
Parler d’un « bon stress », n’est-ce pas édulcorer la réalité vécue par les salariés ?
Historiquement, le stress est une réaction physiologique assurant la survie de l’espèce. Schématiquement, face à un danger, le stress pousse l’individu à fuir ou à lutter. On n’en est certes plus à ce stade. Et nous parlons du stress comme de notre faculté à nous adapter aux modifications de notre environnement. Tous les changements, même les moins déplaisants (le mariage par exemple), entraînent du stress !
On dit aujourd’hui du stress qu’il est positif quand il est stimulant, dynamisant. Il devient excessif, négatif, quand on ne se sent plus les ressources pour y faire face. Dans ce cas, l’individu réagit comme un élastique : soumis à trop de tension, il craque, ou ne retrouve pas sa forme initiale par la suite.
Or, dans nos entreprises modernes, les sources de stress se multiplient : les objectifs grimpent constamment, il faut toujours être joignable, les salariés sont sans arrêt interrompus par les téléphones, les mails... Prendre du recul est alors sans doute bénéfique, mais les stresseurs n’en sont pas moins présents. Face à eux, chacun met en place ses propres stratégies, plus ou moins naturellement. Le caractère personnel entre en jeu : nous réagissons en fonction de notre histoire, de qui nous sommes. En matière de stress, il n’y a ni jauge universelle, ni norme.
Peut-on tout de même percevoir certains signaux en cas d’excès de stress ?
Sur le plan physique, l’excès de stress entraîne des troubles du sommeil (insomnie bien sûr, mais aussi hypersomnie), une trop grande tension musculaire ou artérielle, des variations de poids (carences ou excès alimentaires), des migraines, des troubles gastriques, des affections dermatologiques… Psychiquement, on voit s’accroître l’anxiété, les pertes de mémoire, l’irritabilité, les difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions, ainsi que le risque de dépression. N’oublions pas le versant comportemental : agressivité, consommations abusives (de médicaments, d’alcool, de drogue), baisse de la productivité (absentéisme, présentéisme), isolement progressif, rêves de démission... Tous ces symptômes sonnent l’alerte ; ils invitent à y regarder de plus près. Certains peuvent toutefois mettre des mois avant de prêter attention à ces signaux.
Comment le salarié peut-il réagir, au moins dans un premier temps ?
Il faut commencer par identifier ce qui, pour soi, est une source de stress ; inutile pour cela de se comparer à ses collègues : la perception des stresseurs est en effet subjective ; personne ne s’y adapte de la même manière. Votre homologue peut se plaindre de la charge de travail, tandis que vous souffrirez du manque de ressources.
Ensuite, je ne peux que conseiller de ne pas s’isoler et de parler de son stress. Les sphères amicale et familiale représentent un bon soutien – même si l’on sait que nos proches ont aussi leurs anxiétés. Recourir à un psychothérapeute peut alors être bénéfique, à la condition expresse que l’envie de consulter vienne de soi.
Enfin, le stress peut être modéré par une vie personnelle agréable. Il est bon de sortir de l’effort, de la difficulté, en ayant des moments pour soi. Il n’est d’ailleurs pas si évident de se faire plaisir : trêve de « il faut » (chausser ses rollers, occuper chaque minute de son week-end...). Si cela vous fait du bien de marcher en forêt, de vous plonger dans un livre, ou simplement de passer deux heures chez vous téléphone débranché, faites-le ! L’important, c’est que vous puissiez recharger vos batteries.
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Propos recueillis par Myriam Greuter
Janvier 2006