Exposés à podcaster, ressources des plus prestigieuses universités en ligne, ou encore cours de philo sur CD… Même les cadres les plus surbookés n’ont désormais plus d’excuses pour ne pas enrichir leur réflexion et leurs savoirs.
Bienvenue dans l’univers du savoir « à la carte ». Ceux qui trouvent la lecture d’ouvrages fastidieuse mais n’ont ni le temps ni l’envie, après une journée bien remplie, de fréquenter les cafés thématiques ou les cycles de conférences proposés par une foultitude d’établissements, peuvent adresser un grand merci aux nouvelles technologies ! Sur CD audio et via Internet, ils ont désormais le loisir de butiner quand bon leur semble de quoi alimenter leur soif de connaissances à des fins personnelles ou professionnelles. Un champ immense où l’offre n’est certes pas toujours à la hauteur des ambitions, mais où il est n’est pas rare de faire de véritables découvertes. En voici quelques exemples.
Conférences et débats : l’éloge de la diversité
Les conférences et débats que l’on peut suivre sur Internet, à l’heure de son choix, sont légion. À partir du site de l’Université de tous les savoirs, on peut ainsi télécharger la quasi-totalité des exposés donnés depuis six ans ! Un menu organisé par thématiques permet de s’y retrouver rapidement. Attention : pour la plupart, seuls des extraits sont disponibles. Toutefois, dans certains cas, la totalité de la conférence est retranscrite par écrit. Depuis peu, l’Université offre aussi la possibilité de s’abonner à un fil RSS pour télécharger les émissions sonores ou vidéo sur ordinateur.
À noter également, la Webtélévision de l’enseignement supérieur, Canal-U, retransmet un grand nombre de conférences et de débats sur sa dizaine de chaînes thématiques, qui vont de la géographie à la biologie.
Plus fort encore, l’INA (Institut national de l’audiovisuel) met à disposition pour le grand public quelque 100 000 programmes à partir d’archives télé et audio. Une véritable caverne d’Ali Baba où l’on peut trouver (et acheter pour un prix dérisoire) l’intégralité du procès Papon, un documentaire sur Robert Schuman, un des « pères de l’Europe »… Seul hic : les vidéos ne peuvent pas encore être vues par les possesseurs de Mac, ni par les adeptes du logiciel Linux…
France Culture propose pour sa part de podcaster un certain nombre de ses émissions, comme l’Économie en questions ou la Fabrique de l’histoire, exemples de séquences thématiques qui permettent de prendre du champ par rapport à l’actualité immédiate. À noter en cette période pré-électorale, une série d’émissions réalisées dans la Fabrique de l’histoire sur l’imaginaire historique des candidats à l’élection présidentielle, qui permet de découvrir ces hommes et femmes sous un angle souvent inattendu et de revisiter les grands événements et figures des vingt siècles écoulés.
Cours en ligne : le savoir en libre accès
Plus scolaires et moins faciles d’accès, les cours gratuits en ligne sont également en plein essor. Qui n’a en effet jamais rêvé de faire partie de cette élite estudiantine qui a la chance de fréquenter les universités les plus huppées de la planète ? Pour répondre aux attentes de cette population, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) a décidé de mettre en ligne et en accès libre la totalité de ses ressources. Sans code d’accès, il est possible de se promener dans le menu et de picorer selon ses centres d’intérêt. Matières scientifiques mais aussi management, littérature, histoire, science politique : il y en a pour tous les goûts.
Si l’intention est louable, les contenus risquent toutefois d’en décourager plus d’un, car ce n’est pas le cours lui-même qui est retransmis, mais les supports utilisés par les enseignants et, quelquefois, des plans de ces conférences. Intéressantes pour ceux qui ont déjà une bonne connaissance du thème évoqué et qui peuvent ainsi trouver de nouvelles sources d’enrichissement personnel, ces ressources sont difficilement exploitables pour les novices…
Plus digeste, Paristech, regroupement des grandes écoles d’ingénieurs de la région parisienne, propose aussi des conférences gratuites en ligne, qui sont souvent le compte rendu écrit des enseignements en salle de cours. Sur le même principe, mais avec un choix plus limité, il est également possible de télécharger certains cours du Collège de France, accompagnés de retransmissions audio.
Mais au niveau de l’Hexagone, la palme revient à Grenoble école de management, même si la matière mise en ligne est encore limitée. L’établissement propose une dizaine de cours filmés, dont un original consacré à une introduction au management général, qui fait la part belle aux sciences humaines (psychanalyse, cinéma, littérature…). Il est aussi possible de télécharger les slides du cours. Ce qui facilite grandement son suivi…
CD audio : prêtez l’oreille
Écouter les cours de Michel Onfray, philosophe, sans se déplacer sur les bancs de l’Université populaire de Caen, c’est possible, grâce aux enregistrements de ses conférences disponibles sur des CD de l’éditeur Frémeaux et Associés.
Dernier opus – et succès – en date : le volume VI de sa Contre-histoire de la philosophie nous entraîne sur les traces des libertins baroques, de Gassendi à Spinoza. Nul besoin d’être universitaire. Même ceux qui ont tenté plusieurs fois de se plonger dans un ouvrage de philosophie sans succès peuvent en faire l’expérience. Le talent, la rigueur et la générosité de Michel Onfray entraînent l’auditeur dans ses réflexions, lui donnant les clés et les références nécessaires pour comprendre les grands philosophes à l’étude. Une façon de découvrir (ou de redécouvrir) des textes dont la lecture peut sembler quelque peu laborieuse.
Plus largement, le catalogue de Frémeaux et Associés, « promoteur de la voix », fourmille de pépites sonores aussi diverses que captivantes. On ne recense pas moins de 900 œuvres : de grands entretiens comme celui réunissant Rony Brauman – ancien président de Médecins sans frontières – et Hubert Védrine – ex-ministre des Affaires étrangères – qui, pendant trois heures, échangent sur l’action humanitaire et la politique internationale. Ils poursuivent leurs réflexions à voix haute, montrent leurs points de convergence et dépassent ainsi de nombreux stéréotypes.
Autres catégories : les œuvres littéraires lues par leurs auteurs comme celle – émouvante – d’Albert Camus avec l’Étranger, enregistrée en 1954 pour la radio nationale (ORTF), ou encore les enregistrements de la première classe de Michel Bouquet au Conservatoire, en 1987. « L’oreille est le chemin du cœur », écrivait Voltaire : une bonne raison d’être à l’écoute.
Laurence Estival et Nathalie Samson
Avril 2007