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Recevoir et envoyer ses e-mails, se connecter à Internet en permanence…, le smartphone est devenu l’outil « nec plus ultra » du cadre mobile et une marque de distinction – hiérarchique – dans l’entreprise. Attention toutefois à la dépendance.

Lorsque Pierre-Olivier Landry est recruté chez Regus (location de bureaux et de salles de réunion) en tant que DRH pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, il y a quatre ans, il reçoit un BlackBerry, signe d’appartenance à la caste des cadres qui « comptent » dans l’entre­prise. « On me l’a attribué du fait de ma fonction, mais aussi parce que je suis en déplacement soixante jours par an environ et que je reçois 150 e-mails en moyenne quo­­tidiennement. Les réponses doivent parfois être quasi immédiates ou en tous les cas très rapides. »

«  Plus on envoie d’e-mails, plus on en reçoit... Résultat : je suis joignable en permanence. »

Éviter la perte de temps. Selon Pierre-Olivier Landry, si l’on comptabilise les heures passées dans les taxis, dans les aéroports ou dans les hôtels, « cela donne une idée du volume de travail qui serait “perdu” » sans son appareil mobile. « J’utilise ce temps pour traiter mes courriers électroniques. En tant que grand voyageur, cela me ­dispense de devoir gérer des centaines d’e-mails lorsque je rentre au bureau. En outre, j’évite de ralentir la circulation de l’infor­ma­tion au sein de l’entreprise, à l’heure où tant de décisions se prennent de façon ultra-rapide. »

Pierre-Olivier ne craint pas, cependant, de pointer les dangers : « Le BlackBerry participe de l’accélération du rythme général. Plus on envoie d’e-mails, plus on en reçoit, plus on doit répondre, plus cela suscite et génère du “trafic”. Résultat : je suis joignable en permanence. »

Se fixer des règles. Parfaitement lucide sur les risques de dépendance induits par ce type de smartphone, il s’est fixé quelques règles. « Je décide en toute connaissance de cause de… l’ouvrir lorsque je souhaite m’en servir et de… le laisser éteint lorsque je ne souhaite pas dépendre de lui et que je me concentre sur des dossiers de “fond”, comme des entretiens ou des réunions. »

Même attitude dans le cadre de sa vie privée. « En week-end et en vacances, je ne l’allume pas plus d’une fois par jour et ce, pour une durée limitée (au maximum vingt minutes), afin de vérifier que rien de particulièrement urgent ne se trame, le reste n’étant destiné qu’à être traité ultérieurement. »

Par exemple : « Il y a quel­ques semaines un (très bon) candidat, tout en étant en discussion avancée avec notre société, faisait valoir qu’une autre entreprise lui proposait des conditions presque similaires, explique le DRH. Grâce à mon BlackBerry, j’ai pu répondre à ses dernières interrogations et requêtes cinq minutes après qu’il me les avait adressées, alors que l’autre interlocuteur, visiblement en déplacement et a priori non doté d’un BlackBerry, n’a pu réa­gir. Le candidat m’a confir­mé avoir particulièrement apprécié d’être entendu et “rassuré” immédiatement, ce qui a emporté sa décision en notre faveur. »

Éric Delon

 

Savoir débrancher

Les conseils d’Yves Lafargue, directeur de l’Obergo (Observatoire des conditions de travail et de l’ergostressie) pour éviter le syndrome du « cadrus interruptus ».

1. Distinguer la sphère privée de la sphère professionnelle. C’est impératif. Vous devez disposer d’une ligne téléphonique personnelle à votre domicile et ne ­communiquer vos coordonnées qu’à vos proches. Ce qui vous permet de vous ­déconnecter pendant le week-end.

2. Ne pas répondre en temps réel. Il faut se fixer des plages de réponse, par exemple deux fois par jour. Sinon, vous risqueriez de devenir véritablement le fameux « cadrus ­interruptus » dont la productivité risque de chuter. Le cadre est payé pour réfléchir à long terme et non « se disperser » à court terme. Or, que ce soit par SMS, courrier ou e-mail, le cadre moderne reçoit environ 200 messages par jour.

3. Fixer des règles d’usage. Vous devez faire respecter votre « droit à la déconnexion », notamment quand arrive le week-end ou au cours de vos jours de congés. Vous devez refuser ce qui ­ressemble à une astreinte, mais qui n’est pas rémunéré.

 

Éric Delon

Janvier 2008

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