Et moi dans tout ça ?

Quand les contraintes de la vie professionnelle prennent le pas sur la sphère privée, on peut avoir besoin de se retrouver avec soi-même pour continuer à avancer. Mais comment reconquérir des espaces de liberté ? Deux exemples instructifs.

Bruno Gil est associé d’Advyso, une société de conseil en SIRH (système d’information des ressources humaines) qu’il a cofondée en 2000. Sportif dans sa jeunesse, son rythme de vie a changé à la naissance de son premier enfant, en 2001. « C’était un moment important pour moi et j’avais envie d’être présent auprès de mon fils. » Comme il doit l’être au travail, où il est accaparé par les sollicitations des clients et des collaborateurs. Il renonce alors au vélo et à la natation. Mais est-ce la bonne solution ?

Retrouver un confort. « Je ne me sentais plus efficace, j’avais le sentiment de ne plus avoir de temps pour rien. J’étais en retard sur mes dossiers, ce qui m’amenait à rester tard au bureau. J’avais l’impression de ne plus donner le rythme, mais de subir la pression d’événements extérieurs. » Quand, en 2004, la société connaît des difficultés, c’est le déclic pour lui. « Pour affronter cette crise, il fallait que je refasse du sport. » Il reprend la natation et fait du vélo une matinée par semaine. « Sur les routes, le vent dans la figure, je suis seul pour réfléchir. En reprenant une activité, j’ai pu revenir dans ma zone de confort. J’ai gagné en sérénité. Mieux dans ma peau, je suis redevenu efficace et à l’écoute des autres. »

Profiter de tous les moments. Avec le sport, Bruno a trouvé un équilibre. « Un manager doit être toujours disponible et de bonne humeur. J’ai besoin d’un exutoire pour libérer mon stress. » Serait-ce plus facile de s’organiser quand on est patron ? Pour les salariés, la marge de manœuvre semble moindre.
Valérie Perruchot-Garcia, directrice de la communication interne du groupe Saint-Gobain et mère de quatre enfants, le sait bien. Pour tenir le coup sur tous les fronts, elle a choisi de se simplifier la vie. « Mes enfants ne mangent pas tous les soirs des légumes frais, mais je suis plus disponible quand ils ont envie de me parler. Au bureau, je délègue beaucoup. J’aime rendre mes collaborateurs autonomes. En revanche, je m’implique beaucoup en amont, dans le brief initial. »
Mais entre son travail et sa vie familiale, elle reconnaît qu’elle a du mal à trouver du temps pour elle. Paradoxalement, ses déplacements professionnels sont ses seules occasions. « Dans un vol long courrier ou à l’hôtel, je peux réfléchir, écrire, aller à la piscine… Ce sont des moments de ressourcement, où je me retrouve », avoue-t-elle avec une légère culpabilité. « Notre culture et notre éducation nous ont appris que prendre du temps pour soi, c’est égoïste. On finit par se sentir coupable quand on n’utilise pas son temps à “produire” ou à “s’occuper des autres” », confirme le coach Pierre Blanc-Sahnoun.

 

 

Marie-Pierre Noguès-Ledru

Novembre 2007

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