Des lieux où il fait bon se cultiver

Cafés thématiques, cycles de conférences, universités populaires… Les possibilités de se former hors des sentiers battus foisonnent. Pour le bonheur des cadres, qui consacrent une partie de leur temps libre à venir alimenter leur réflexion et acquérir de nouveaux savoirs.

Pas toujours facile de dégager du temps pour se plonger dans la lecture de Platon… Martine Perrier, cadre dans la finance, en a fait l’expérience. Elle s’intéresse à la philosophie, mais son travail lui laisse peu le loisir d’approfondir les classiques ou de retourner sur les bancs de la fac. C’est pourquoi elle vient régulièrement, le dimanche matin, assister au Café philo, place de la Bastille. « Une bouffée d’air », précise cette élève studieuse qui, au fil de la conversation, noircit son petit cahier de notes dédié à ces rencontres. Au programme de ce premier rendez-vous de l’année 2007 : « Le courage est-il une valeur ringarde ? » C’est l’assistance qui s’est mise d’accord sur le sujet. À tour de rôle, les participants donnent leur sentiment. Une véritable agora où chaque intervention fourmille aussi bien d’anecdotes que de références aux grands penseurs.
« L’idée est de permettre à chacun, quels que soient sa formation et son vécu, de pouvoir exprimer son opinion en essayant de faire avancer le débat. Ici, on se risque à essayer de réfléchir », raconte Daniel Ramirez, animateur depuis dix ans de ce café philo, le premier à avoir vu le jour en 1992.

Cafés à gogo… Dix-sept ans plus tard, la formule semble ne pas avoir pris une ride. Les « mordus » comme Christiane Graziani, cadre dans la communication, fidèle depuis sept ans, reconnaissent que l’objectif est largement atteint : « En participant régulièrement aux débats, on s’aperçoit que les comportements changent. Les gens apprennent à écouter, font des interventions plus argumentées. Ces transformations ont des conséquences aussi dans la vie professionnelle. Par exemple, je pense que je ne conduis plus les réunions comme avant. »
Plus fort encore : les cafés philo ont fait des émules. Des dizaines de cafés thématiques – de l’histoire aux sciences en passant par la musique – ont vu le jour, à Paris comme en province, selon des rythmes plus ou moins réguliers. Ils réunissent entre une quinzaine et une cinquantaine de personnes. Mais à l’inverse des cafés philo où la discussion est entièrement libre, la plupart du temps, les participants dialoguent avec un expert venu faire en première partie un exposé sur un sujet déterminé à l’avance.
Comme ce jeudi 11 janvier où, à 19 heures, le café géopolitique du Café des phares, à Paris, avait choisi de s’intéresser à « L’Amérique latine entre violence politique et populisme ». « Je viens chercher quelques clés de lecture par rapport à ce que l’on peut lire dans les journaux, pour me permettre de replacer les faits d’actualité dans un contexte plus général. Ces rencontres sont un moyen d’accéder aux travaux d’universitaires dont nous n’aurions jamais pris connaissance, par manque de temps ou en raison de leur caractère un peu confidentiel », se félicite Jean-José Puig, ingénieur de formation, qui a notamment évolué dans le milieu des ONG et cherche à prendre du recul par rapport à sa propre expérience.

Universités ouvertes sur l’extérieur. Universités et écoles n’hésitent pas non plus à s’ouvrir à ce genre de manifestations après les horaires de travail, dans un cadre plus propice à la transmission de savoir. Les cycles thématiques de l’Université de tous les savoirs, première à s’être lancée dans ces « confrontations » entre universitaires et grand public en 2000, ne désemplissent pas. La formule a certes évolué : les conférences, quotidiennes la première année, sont ensuite devenues hebdomadaires, puis organisées en quatre cycles d’une dizaine de séances par an, centrés sur des thèmes aussi divers que « Le développement de l’industrie touristique » ou « La chimie et la vie ».
Devant le succès de son cycle de conférences « les Amphis 21 », Sciences po vient pour sa part de lancer deux nouveaux rendez-vous : pendant huit semaines, de mars à fin mai, les spécialistes de l’établissement et des invités extérieurs proposeront des conférences sur l’évolution de la vie politique, en relation avec les élections à venir, et sur le continent asiatique. La Sorbonne n’est pas en reste : une fois par mois, elle accueille les Lundis de l’économie, en collaboration avec le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) : des économistes tel Daniel Cohen, mais aussi des philosophes comme Pierre Manent, enseignant au centre de recherche politique Raymond-Aron de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), viennent partager leurs réflexions sur le capitalisme et la mondialisation. Estelle Deblock ne manquerait ces conférences pour rien au monde : cette enseignante qui ambitionne de se reconvertir vers l’entreprise vient y puiser de quoi parfaire sa culture économique avant de se jeter à l’eau. Elle suit d’ailleurs ce cycle parallèlement aux cours du soir du CNAM. « Ce qui me plaît, c’est la liberté de ton. On est moins dans la peau de l’élève face au prof tel qu’on peut le vivre dans un cadre plus classique. Il n’y a pas de contrôle, pas d’examen, on vient pour soi », souligne-t-elle.

Tout en souplesse. L’absence de contraintes fait sans aucun doute le succès de ces manifestations, comme les universités populaires qui ont vu le jour ces dernières années dans de grandes villes de l’Hexagone, dopées par la réussite de celle de Caen qui est animée par le très médiatique Michel Onfray : philosophie aussi bien que littérature contemporaine et histoire de l’art se partagent les faveurs d’un public nombreux. Aux petits soins pour ses auditeurs, l’établissement leur propose, depuis son site, de prendre connaissance des offres de covoiturage déposées par certains. À bon entendeur…

POUR EN SAVOIR PLUS 

L’agenda
www.scienceshumaines.com/  La revue « Sciences humaines » publie sur son site un agenda complet des différentes conférences ouvertes au public partout en France.

Les cafés

www.philos.org  Un site complet donnant les adresses de nombreux cafés philo dans la France entière, avec souvent des liens permettant de contacter les animateurs.
www.geopolitique.net/rubrique.php3?id_rubrique=4  Le site des cafés géopolitiques, organisés par l’Institut français de géopolitique, donne des informations sur les prochains rendez-vous et publie des synthèses des conférences passées.
www.1001-sciences.org/association/index.htm  Le site du Café des sciences de Lyon.
www.montpellier.fr/1088-cafes-themes-montpellier.htm Toute l’actualité sur les différents cafés thématiques à Montpellier : Bar des sciences, Café politique, mais aussi des cafés moins attendus comme celui du roman noir ou du bien-être…

Les conférences
ajef.asso.free.fr/?page=asso  Les Lundis de l’économie.
www.sciences-po.fr/  Les programmes des différents cycles de conférences de culture générale de Sciences po (rubrique « Formation continue », puis « Les cycles de conférences »).
www.cnam.fr/pole-ecogestion/article.php3?id_article=554 Site sur les Mardis de l’innovation, organisés par le CNAM.
www.canalu.fr/canalu/chainev2/utls/  Le site de l’Université de tous les savoirs.

Les universités populaires

perso.orange.fr/michel.onfray/UPcaen.htm  Le site de l’université populaire de Caen, avec un retour sur la philosophie de l’établissement et le programme des cours.
www.u-p.asso.fr/  Le site de l’université populaire de Mulhouse.
uplyon.free.fr/  Le site de l’université populaire de Lyon.
www.u-populaire-europeenne.com/  Le site de l’université populaire européenne de Strasbourg.

Et plus
À l’image du Louvre, nombre de musées organisent des cycles de conférences. Beaucoup d’écoles de commerce proposent aussi des conférences ouvertes au public. Se renseigner auprès des écoles.

Laurence Estival

Avril 2007

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