Cet hiver, je veux partir en congés comme tout le monde !

Vous n’êtes pas prioritaire dans le choix des dates ? Avant d’entamer toute discussion avec votre hiérarchie, essayez de trouver des arrangements avec vos collègues.

 

Ras le bol d’être toujours en vacances décalées ! Marie, célibataire, sans enfant, ne se souciait pas de partir à contre-courant des migrations hivernales des « congés payés ». Jusqu’à l’année passée, quand elle voulut accueillir chez elle son neveu de 9 ans durant les vacances de février. Elle a alors réalisé qu’elle devait bousculer des usages bien ancrés dans les têtes et les pratiques de son service. Difficile de s’imposer face à ses collègues, tous parents, donc prioritaires dans l’ordre des départs et qui avaient déjà planifié leur séjour de ski ou en famille. Certes, Marie s’y était prise trop tard. Elle a pu toutefois grignoter trois jours compatibles avec la bonne marche du service. « J’ai proposé d’étaler ma charge de travail, en mettant un gros coup de collier avant mon départ, puis de nouveau à mon retour. Les dossiers n’étant pas stratégiques, l’argument a porté auprès de mon chef ! »

 

« Il faut passer des deals, préconise Jean-Louis Müller de la Cegos. En suivant une règle simple : dire la vérité.

Rester sincère. En matière de vacances, les conflits d’intérêt peuvent empoisonner les relations au travail. Que faire ? « Il faut passer des deals, préconise Jean-Louis Müller, directeur à la Cegos. En suivant une règle simple : dire la vérité tout le temps. Exprimez les choses comme vous les ressentez, avec sincérité. Insistez sur le caractère exceptionnel des circonstances. Vous recevez votre neveu huit jours et c’est une joie pour vous. Le message passera. » Ensuite, mieux vaut procéder en deux temps.

 

Apporter une solution. Cherchez des arrangements avec vos collègues avant de parler à votre patron. Vous voulez jouer, comme Marie, la carte du dossier bouclé en avance ? N’hésitez pas à solliciter l’aide d’un pair dans un esprit donnant-donnant. Vous l’épaulerez en retour sur l’un de ses dossiers de mars., Vous pilotez un projet ? Là, c’est plus délicat. « Songez à laisser les rênes au nouvel arrivé, avance Jean-Louis Müller. Ce sera l’occasion pour lui d’être responsabilisé. Vous vous engagerez à faire le point à distance avec lui durant votre absence. Le prix à payer de la négociation ! »

Une fois les solutions en main, allez voir votre manager. Il vous prêtera une oreille attentive. Exposez-lui vos raisons. Revoyez avec lui l’historique de vos congés pour souligner l’exception de la demande. Vos chances d’aboutir seront sérieuses. Et sachez qu’en cas de litige, c’est le DRH qui arbitrera selon les critères légaux.

 

C’est l’employeur qui décide !

Que dit la loi en matière de congés ? L’éclairage de Stanislas de Fournoux, rédacteur juridique aux éditions Francis Lefebvre*.

L’employeur fixe l’ordre des départs, selon des critères de situation de famille (conjoint, enfants scolarisés) et d’ancienneté (dans l’entreprise, dans le poste), le plus ancien étant prioritaire. Il accordera obligatoirement un congé simultané au salarié et à son conjoint s’ils sont tous deux dans l’entreprise. Il tiendra compte des dates de congé du conjoint travaillant ailleurs, sans obligation de s’y conformer. Mais la jurisprudence incite l’employeur à organiser des rotations entre les individus bénéficiaires des périodes les plus favorables.

Il peut modifier les dates. Seulement lors de circonstances exceptionnelles, telle une commande inopinée de nature à sauver son entreprise en péril et à sauvegarder l’emploi. La jurisprudence a ainsi statué sur le caractère impératif d’un report de congés pour un fabricant tournant au ralenti et ayant accepté une commande urgente de télécabines. En revanche, le salarié ne peut rien changer. S’il part ou revient à des dates non fixées avec son employeur, il s’expose à des sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement.

L’entreprise peut déroger à la loi quand les collaborateurs s’entendent en bonne intelligence dans la planification des absences. Une fois cette organisation acceptée, un individu concerné par l’accord ne pourra plus le contester a posteriori.


* « 101 Questions sur les congés payés », 2007, 62 E. Voir aussi les articles L 223-4, L 223-7 et L 223-8 du Code du travail.

Marie-Madeleine Sève

Janvier 2008

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