Maurice Thévenet, professeur au Cnam et à l’Essec, auteur de « Le plaisir de travailler » (collection de six ouvrages, Eyrolles, 2008), analyse les causes du désengagement.
Les niveaux hiérarchiques ont diminué dans l’entreprise. Le salarié désormais responsabilisé se trouve en première ligne. Même à son échelle, l’ouvrier doit prendre des décisions. Or les règles du jeu sont moins explicites. Seul compte le résultat. Par contre coup le mécanisme d’autorité si contesté, paraît plus protecteur. Un paradoxe alors que l’individu déclare vouloir garder la main.
Les effets des structures « affectivo/patriarcales » sur le travail restent difficiles à mesurer. Toute décision de carrière (mutation, démission..) ou sur le temps investi pour son boss est soumise à un arbitrage privé. Elle dépend du « comment on vit chez soi ». L’apparition du couple biactif, dit « cubic », est un facteur qui pèse lourd. Que le cercle intime soit instable ou complexe, le degré d’investissement en sera affecté, à la hausse ou à la baisse.
Les temps sociaux sont cloisonnés. L’individu est sollicité de partout. La vie de famille, la vie culturelle et sportive, la vie associative sont de puissants centres d’intérêt. Cultiver son réseau est aussi une activité en soi. Chacune des ces vies suit sa logique. L’entreprise n’est plus au cœur de la journée ou de la semaine. Elle est une priorité parmi d’autres. S’y ajoute un point capital : le stress du temps passé dans les transports en métropole.
Le côté impitoyable et imprévisible du monde économique crée du cynisme et de la distance. D’autant que pour beaucoup les anciens ont conclu un marché de dupes avec l’entreprise dans les années 70. En revanche, on accepte de contraindre sa liberté dés lors que ça a du sens. Un équipier chez Mac Donald qui se professionnalise grâce aux formations maison se défoncera pour l’enseigne. J’observe aussi que les salariés bénévoles faisant dans l’humanitaire savent très bien se plier à coller des enveloppes.
Propos recueillis par Marie-Madeleine Sève
Décembre 2008
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Ajouter un commentaire