Philippe Gabilliet, professeur associé à l’ESCP Europe et chercheur sur les techniques de développement du leadership et les stratégies mentales de la réussite, est l’auteur de “l’Éloge de l’optimisme”, Éditions Saint-Simon, 2010.
Au sortir de la crise, l’image du leader n’est-elle pas écornée ?
Le chef reste très exposé, d’autant plus que bien des turbulences persistent. Il doit prendre conscience que la majorité de ses collaborateurs se calent sur ses comportements et les messages non verbaux que ceux-ci véhiculent. C’est l’occasion pour lui de s’interroger : de quelle perspective suis-je porteur ? Dans quelle mesure j’inspire confiance, je ne juge pas, je facilite les échanges ? Quel est aujourd’hui l’élément qui orientera toutes les forces vives dans la même direction ?
Mais a-t-il vraiment prise sur l’avenir ?
Sans doute pas. Mais le risque majeur pour lui serait de s’entêter à emprunter les chemins classiques de résolution de problèmes, en faisant le gros dos. La voie optimiste est une voie créative. Elle incite à explorer les marges de manœuvre, à tester des solutions inédites, même imparfaites, plutôt qu’à pleurnicher sur ce qui fait défaut ou sur ce qui a disparu. Mieux vaut être un “patron radiateur”, qui irradie du dynamisme, qu’un patron qui évacue des paroles et des attitudes toxiques.
Peut-il y parvenir sans stress ?
Il va devoir sortir de sa “zone de confort”, selon le langage des coachs, mais cela n’interdit pas une certaine décontraction. Tel le sprinter qui a les jambes tendues dans l’effort de la course, mais dont le haut du corps reste étonnamment relâché. Le leader optimiste sera, lui aussi, tonique au bon endroit, sans se prendre la tête là où il n’a pas la main. Il capitalisera ainsi sur les ressources du groupe et ne s’épuisera pas à en colmater les faiblesses. Parce qu’il a fait le pari de l’espérance : il y a une issue positive quelque part.
Propos recueillis par Marie-Madeleine Sève
Juin 2011