Chef de produit dans le secteur du jouet depuis trois ans et demi, Julie, 30 ans, a été nommée responsable d'une nouvelle gamme de produits et d'une nouvelle collaboratrice, ce qui a fait exploser sa charge de travail. En récompense de ses efforts, elle attendait « de la reconnaissance et un changement de titre ».
Des demandes refusées. Les relations de Julie et du n+1 qui doit lui faire passer l'entretien sont « moyennes » : peu de proximité, peu de confiance. Pour sa réussite dans ses nouvelles tâches, Julie a certes déjà été félicitée par le directeur général du groupe, mais pas par son manager direct (qui, pendant l'année, a été élogieux sur d'autres de ses dossiers). Pour la chef de produit, « l'entretien devait donc être l'occasion de marquer le coup ».
Avant l'entrevue, Julie avait demandé un stagiaire pour l'épauler – refusé, sous des prétextes budgétaires. Lors des points hebdomadaires, elle avait aussi parlé de sa charge de travail et de son désir de changer de titre, pour le rendre plus conforme à ses nouvelles attributions. « C'est en cours de réflexion auprès des RH », lui a d'abord répondu son n+1, avant de trancher : « Ce n'est pas possible, ce statut n'existe pas. »
Mieux se préparer. Julie, qui compte revenir à la charge pendant l'entretien, doit d'abord remplir une grille de 3 ou 4 pages, avec des cases libres pour détailler ses motifs de satisfaction professionnelle (« avoir une vision stratégique », « conduire un groupe de projet », « travailler sur des produits innovants »…) et de mécontentement (« charge de travail trop importante », « manque de reconnaissance »). Rétrospectivement, Julie pense qu’elle aurait bien fait « d'avoir, avant l'entretien, des discussions avec des commerciaux, pour donner plus de poids à son argumentation » en montrant l'importance de son chiffre d'affaires. Durant l'année, elle aurait aussi pu « essayer de combler la distance » avec son n+1, « le solliciter davantage et le voir plus régulièrement que pour les points hebdomadaires ».
Parler dans le vide. Pendant l'entretien, Julie « commence par tout le positif » puis explique ce qui lui pose problème, notamment le fait que, face à sa charge de travail, elle doit prioriser certaines tâches, au détriment des autres. Le n+1, attentif, opine. « Mais il ne m'a guère félicitée par rapport aux années précédentes (il m'a juste mis la moyenne pour 6 des 8 critères d'évaluation), et il s'est cristallisé sur mes motifs d'insatisfaction. » « Dans ses réponses, raconte Julie, l'empathie disparaissait complètement. Il ne me proposait aucune aide. C'était : "Débrouille-toi pour apporter le même soin à tous les dossiers". » Pouvoir s'exprimer, « c'est bien, analyse la cadre, si on a le sentiment d'être entendu » – « mais c'est dévastateur quand on a l'impression de parler dans le vide ».
Une douche froide. Bref, « l'entretien est une douche froide ». « J'ai peut-être parlé trop tôt de ma frustration, peut-être de manière trop crispée ou agressive ? », s'interroge Julie.
Aujourd'hui en tout cas, si elle reste efficace, elle ne fait plus de zèle le soir et le week-end, a moins envie d'apporter des idées au groupe, et prospecte pour changer d'employeur, avec l'espoir de trouver un supérieur plus à l'écoute et qui l'épaule pour accéder à plus de responsabilités.
Myriam Greuter
Novembre 2009