Quand il a été embauché, Microsoft a promis à Pierre une promotion rapide. Plusieurs mois après, le consultant de 39 ans ne voit toujours rien venir et décide d'aborder la question lors de son entretien bisannuel.
Une auto-évaluation « perverse ? ». Comme tous les salariés de Microsoft, Pierre a d'abord rempli une grille d'évaluation, en se notant de 1 à 5 sur une trentaine de critères. Derrière cette « façade politiquement correcte », Pierre voit surtout « un outil extrêmement pervers » : « S'il n'a pas d’enveloppe suffisante ou de promotion à accorder, le manager pourra relever chaque trace de rouge sur la grille » pour justifier son refus : en somme, le salarié donne le bâton pour se faire battre. En outre, dans les grandes entreprises, « les évaluations passées peuvent revenir vous mordre trois ans après. »
Pierre désapprouve en outre « cette vision des choses réduite à une métrique ». « Les critères retenus gomment tout un tas de choses effectuées pendant l'année ; ils peuvent même brider les initiatives : si je donne un coup de main qui va permettre à mon collègue d'augmenter son chiffre d'affaires, cela ne sera pas pris en compte dans mon évaluation. »
Courbe de progression. Fort de sa quinzaine d'années d'expériences, Pierre n'a pas hésité à « se mettre la note maximum » là où ses compétences étaient fortes. Et sur les quelques points où ses capacités n'étaient pas développées (par exemple en négociation financière), cet expert technique s'est adjugé la note minimale. « Quand cela ne correspond pas à votre profil, il n'y a pas de honte à répondre qu'on ne sait pas faire. » En outre, relève-t-il, perspicace, « il est important de pouvoir se ménager une courbe de progression. »
Compter avec le contexte. Pierre a aussi pris « une bonne demi-journée » pour rebalayer ses engagements et les événements marquants de l'année. Une bonne question à se poser quand on brigue une promotion : « À quels endroits mes actions se différencient-elles, ou pas, de celles du reste de l'équipe ? »
« Il faut cependant être conscient de la situation du manager », analyse Pierre. Ce que le n+1 avait laissé entendre en matière d'avancement est-il encore réaliste, au vu du contexte actuel de l’entreprise ? Si oui, il faut insister sur ses réussites personnelles. En revanche, si le contexte est défavorable, deux options : « Si on veut une promotion maintenant, il ne faudra pas mettre du vert partout, mais plutôt utiliser les cases libres de l'auto-évaluation pour expliquer d'éventuelles semi-réussites. Et argumenter pendant l'entretien.
On peut aussi demander une évaluation croisée par une personne de référence. » Insister comporte cependant un « vrai danger » : « braquer le manager avec qui on travaille toute l'année. » Il peut donc être préférable de renégocier, en disant « j'ai rempli mes objectifs, mais je suis conscient que l'on a peut-être intérêt à remettre la discussion à dans quelques mois. » En sachant que « ce pari repose sur la confiance mutuelle. »
Savoir patienter. L'entretien de Pierre a duré vingt-cinq petites minutes. Le salarié a vite abordé le cœur du sujet : « Ce n'est pas un reproche, a-t-il souligné, mais j'ai besoin d'explications sur mon absence d'avancement. » Alors que son n+1, mal à l'aise, avait été fuyant durant le dernier trimestre, il s'est détendu et a expliqué qu'il n'avait pas encore reçu l'enveloppe attendue. « Ca a tout décoincé, se félicite Pierre : j'ai eu confirmation que l'accord initial tenait toujours, et mon manager a obtenu que je patiente. » Entre son embauche et son avancement, Pierre attendra finalement non pas un, mais deux ans.
Rester zen. Son dernier conseil ? « Il faut être capable d'entendre un non sans se braquer », car « un claquage de porte ou une répartie assassine peut vous poursuivre pendant des années ». Si vous sentez monter la colère, suggère Pierre, dites « Je ne m'attendais pas à ça, je ne sais comment réagir » ou « J'ai besoin d'un peu de temps ; on peut en reparler plus tard ? ». Et n'oubliez pas que les décisions se prennent un peu après l'entretien : « Il reste donc une dernière chance d'aller rediscuter avec le n+1. »
Myriam Greuter
Novembre 2009