« Je suis sans arrêt interrompu »

Fabien* est cardiologue, responsable d’une unité de soins dans un hôpital parisien. Sollicité de toutes parts, il n’arrive pas à mener à bien le travail de recherche qu’il doit effectuer parallèlement…

Nul besoin de dire que Fabien a des journées chargées. Son temps se partage entre une activité clinique (soin aux malades hospitalisés), des gestes techniques (coronarographie, notamment) et sa consultation. Nommé il y a deux ans responsable d’une unité de soins, il manage à ce titre une équipe de 20 soignants. Il est aussi mé­decin consultant auprès du département informatique de l’hôpital, membre du conseil médical d’établissement et ponctuellement chargé de cours. « On m’appelle toutes les cinq minutes pour me soumettre des problèmes à régler : médecin de ville demandant des précisions sur un malade qu’il m’a adressé, patient qui souhaite savoir si ses médicaments sont compatibles avec une intervention dentaire, questions dans mon unité… »

S’accorder des plages de travail personnel. Mais ce n’est pas tout. Fabien a monté deux gros projets de recherche qui lui demandent un important travail de réflexion, difficilement compatible avec son activité quotidienne. Pendant un temps, il a supporté ce rythme, accumulant la frustration de ne pas pouvoir avancer sur ses projets. Le jour où il réalise que ce sont pourtant eux qui peuvent lui donner le plus de valeur ajoutée, il décide de s’accorder des plages de travail personnel, instaurant un filtrage téléphonique par sa secrétaire. « Le remède a été pire que le mal : les gens étaient mécontents que je ne leur réponde plus directement et je me trouvais en fin de journée stressé, avec deux fois plus de choses à régler. »

Anticiper les problèmes. Déter­miné, il décide de chan­ger sa méthode. « Voyant que certains collègues s’absentaient parfois, sans conséquence majeure pour le service, j’ai décidé de me mettre régulièrement sur répon­deur. » Le résultat l’a surpris : « La moitié des appels dits “urgents” auxquels je ne répondais plus se réglaient sans moi et les autres pouvaient attendre. Ma secrétaire et mon adjointe peuvent me joindre pour les vraies urgences. Surtout, je planifie ces plages de travail après avoir “déminé” tous les éventuels problèmes. »
Fabien est aujourd’hui plus efficace et plus serein : « Je sais où je vais et je me donne les moyens d’y parvenir. J’ai mis du temps à trouver la bonne méthode. Il m’a fallu l’expliquer à mon ­entourage, mais aussi assumer le fait de déplaire à ceux qui trou­vaient bien pratique de me solliciter parce que j’étais toujours prêt à aider ! »

*Le prénom a été modifié.

 

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Marie-Pierre Noguès-Ledru

Décembre 2007

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