Immergé au milieu de ses pairs, mais aussi de ses responsables hiérarchiques, le cadre « en séminaire » est partagé entre deux attitudes : se « lâcher » ou porter le masque qui colle à sa carte de visite. Comment trouver la bonne distance ?
Pascale, 35 ans, est responsable marketing dans la filiale hexagonale d’une grande société américaine qu’elle a rejointe il y a six ans. Deux fois par an, elle est « conviée » au traditionnel séminaire de motivation organisé par la direction marketing et commerciale, dans un lieu de prestige, en France ou à l’étranger. « Cela ne m’enchante guère, mais notre présence est obligatoire. Nous devons ingurgiter le sempiternel laïus sur les objectifs à atteindre et les “nécessaires” énergies à mobiliser. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur. Grâce à ces séminaires, j’ai pu visiter les plus beaux sites touristiques de la planète. »
Trop de distance. Lors des réunions de travail ou des soirées de gala, Pascale fait le minimum vis-à-vis de ses collègues comme de sa hiérarchie. Une neutralité « comportementale » qui lui a valu récemment les « remontrances » de son nouveau chef. « Il m’a reproché d’être distante et de ne pas me livrer davantage, raconte-t-elle. Je lui ai fait comprendre, entre les lignes, que, pour moi, l’entreprise n’était pas une grande famille. » Consciente que son attitude risquait d’être mal interprétée, la jeune femme a compris qu’elle devait changer de comportement.
Une question d’attitude. Lors du séminaire suivant, elle s’est portée volontaire pour animer un groupe de travail, espérant de la sorte, au passage, prouver qu’elle pourrait animer une équipe plus étoffée que celle dont elle avait la charge jusqu’alors (trois personnes). Mieux, Pascale a profité de cette rencontre pour « aborder » son n + 3 et prendre ainsi une option sur un job qu’elle convoitait depuis quelques mois. « J’avais plusieurs idées qui me trottaient dans la tête sur la manière d’améliorer notre relation client. J’ai profité de la présence au séminaire de certains patrons américains pour en faire part. Mon projet a suscité un vif intérêt. Peu de temps après, ma carrière était relancée et ma réserve naturelle ébranlée. »
Quel comportement adopter ?
Cinq conseils de Frédéric Adida, coach et président de l’Institut Assaté, un réseau de coachs.
1. L’essentiel n’est pas de participer. Au cours d’un séminaire, il importe, au contraire, de démontrer ses compétences extraprofessionnelles. Le cadre est sous observation permanente de ses n + 1 et n + 2. D’où l’importance de rester concentré sur des épreuves (rallyes, chasse au trésor, etc.) en apparence anodines ou sans enjeu.
2. Soigner sa conduite. C’est un euphémisme d’énoncer que les séminaires, dépaysement et alcool aidant, « rapprochent » les corps. Il est impératif d’être, en la matière, le plus discret possible. Il faut savoir qu’en cas de dérapage, les convives qui peuplent le bar ne sont pas que des amis. De même, certaines photos ne feront pas la meilleure publicité à l’intéressé à son retour.
3. Redoubler de vigilance lorsqu’on se situe à un haut niveau dans la hiérarchie. Lorsqu’on est visible, on est visé. Il faut donc particulièrement surveiller son attitude. Il en va de son autorité. Par ailleurs, dans un tel contexte, il convient de ne pas jouer les petits chefs : c’est une attitude parfaitement déplacée.
4. Se montrer positif. Il convient, dans la mesure du possible, d’adopter une posture positive, active, dynamique. Il faut accepter la moquerie et ne pas hésiter à se moquer de soi-même, gage d’une certaine ouverture d’esprit.
5. Ne pas parler « travail » avec sa hiérarchie. La plupart des participants à un séminaire imaginent que celui-ci constitue le prolongement d’une réunion ou de la vie professionnelle. Or il est normalement conçu pour découvrir l’autre sous un nouveau jour, pour échanger sur des sujets légers, de manière informelle et libre.
Eric Delon
Mars 2008