Simone Berno, 58 ans, agent immobilier, peintre et créatrice de meubles.
Le déclic. « Sortie de l'université avec une maîtrise d'histoire, j'ai commencé ma carrière comme attachée de recherche au Centre de sociologie urbaine, associé au CNRS – un travail ardu et solitaire, que j'ai quitté pour travailler quatre ans à la communication de la Sécurité sociale, en région parisienne. J'étais sous-employée, je m'ennuyais. En cette fin des années 1970, le chômage était bas, et j'avais une confiance absolue dans mon énergie et ma capacité à faire autre chose ; j'ai démissionné pour monter une troupe de théâtre à Montpellier. »
Le parcours. « J'avais déjà écrit et monté des pièces, et jusqu'à 25 ans, dans le cadre de mes activités politiques, j'avais dirigé jusqu'à plusieurs centaines de personnes. J'avais de l'autorité, le sens de l'organisation, l'habitude de prendre la parole en public. Au bout de deux ans dans le Sud, faute d'argent, je suis toutefois revenue à Paris, comme responsable de la communication à la SNCF. J'avais alors 30 ans. La hiérarchie était hélas trop pesante, et j'ai démissionné au bout de quatre ans. J'avais cependant préparé mon avenir en suivant, entre 25 et 35 ans, plusieurs formations en psychothérapie (thérapies selon Reich et Jianov, analyse jungienne) en parallèle de mon travail. À 35 ans, j'ai ouvert un cabinet de psychothérapie jungienne, puis j'ai donné des formations dans ce domaine. À 40 ans, je m'étais mise à peindre ; vers 1997, à 47 ans, j'ai arrêté la psychothérapie et à 48 ans, j'ai ouvert une galerie d'art. En fin de compte, à 50 ans, j'ai opté pour une activité plus lucrative : agent immobilier. J'ai d'abord été employée comme négociatrice dans une agence parisienne. Au bout de deux ans, j'ai ouvert ma propre structure avec un associé avocat ; j'ai finalement accumulé l'expérience nécessaire pour obtenir la carte d'agent immobilier. »
Le changement. « Ce métier, que j'exerce toujours, allie en fait plusieurs qualités que j'ai développés dans la politique, le théâtre et la thérapie : détermination, audace, diplomatie, capacité à rassurer… En outre, je suis désormais libre et indépendante. Et depuis deux ans, je suis aussi créatrice de meubles. J'avais débuté dans le monde des idées ; aujourd'hui, je me matérialise. »
Et si c'était à refaire ? « Je suivrais dès le départ les études de mes rêves : les Arts-décos pour devenir designer – ce qui est en fait assez proche de mon activité actuelle dans l'ameublement. Mais je n'aurais certainement pas été seulement designer : j'ai la bougeotte, je suis boulimique de la vie, et je crois qu'il ne faut pas avoir de regrets, ne pas négliger son désir, du moins tant qu'on a la santé et l'énergie pour le faire. »
Propos recueillis par Myriam Greuter
Avril 2009