« J'ai changé de métier après mon congé parental »

Isabelle Poulallion, 46 ans, responsable de la gestion des carrières et du recrutement à la Caisse d'Epargne Lorraine Champagne-Ardennes.

Le déclic. « En 1991, j'avais 28 ans et j'étais responsable d'achat d'espaces publicitaires à Paris depuis cinq ans chez Whitehall (filiale produits d'entretien d'un grand groupe américain) quand j'ai appris simultanément trois nouvelles : mon groupe allait être racheté et mon poste supprimé ; mon mari était muté près d'Orléans, où je n'avais aucune chance de trouver un emploi similaire au mien ; et j'étais enceinte de mon cadet ! J'ai donc décidé de faire un break et de prendre un congé parental. »

Le parcours. « J'ai découvert la joie d'être mère à plein temps. Entre un mari très occupé, dont le salaire nous faisait vivre, quatre déménagements et un troisième enfant, j'ai finalement décroché du travail pendant huit ans. J'avais beau être diplômée de l'Edhec, une école de commerce réputée, je ne me sentais plus légitime sur le marché. J'ai donc fait un bilan de compétences en 1998, grâce auquel j'ai compris qu'il valait mieux faire une croix sur les médias et la publicité (le secteur, qui n'est de toute manière pas implanté en province, avait trop changé durant mon absence), et que j'avais intérêt à embrayer sur une formation diplômante pour me sentir de nouveau à l'aise sur le marché. À la rentrée 1999, je me suis lancée dans un bac+5 en Ressources humaines, à la fac de Reims, à temps plein. Cette année universitaire, financée par une allocation régionale, a été dure, mais je suis sortie major de promo en octobre 2000. »

Le changement. « Ce diplôme m'a apporté les connaissances et la confiance qui me manquaient. J'ai effectué mon stage obligatoire en tant qu'assistante RH à la Chambre de commerce de Reims. J'ai ensuite envoyé une bonne cinquantaine de candidatures spontanées ou en réponse à des offres d'emploi. À 38 ans, on ne m'attendait certes pas. J'ai passé un entretien à la Reims Management School. J'ai souligné l'apport de ces huit années de pause professionnelle : j'avais gagné en maturité, acquis de nouvelles compétences (recul, réflexion avancée sur mon projet professionnel, capacités d'adaptation, d'organisation, écoute approfondie de mes enfants et suivi de leur scolarité à haut niveau – une certaine forme de coaching parental !). J'ai insisté sur la motivation dont attestait ma reprise d'études, et accepté des concessions sur mon salaire (je gagne aujourd'hui environ 30 % de moins que mes anciens camarades de l'Edhec qui n'ont pas connu un break comme le mien). J'ai finalement été embauchée en mai 2001 comme responsable de l'Executive MBA. Le poste était passionnant, même si j'ai découvert la pression qui règne sur les objectifs, les budgets… En septembre 2005, je suis devenue consultante en recrutement chez Manpower, et depuis juin 2008, je suis à la Caisse d'Epargne. Maintenant que mes enfants sont grands, ma carrière, c'est important. »

Et si c'était à refaire ? « Je resterais en veille professionnelle. J'aurais par exemple pu lire la presse professionnelle, m'inscrire sur les sites emploi, faire passer des CV et avertir que j'étais ouverte aux propositions. Qui sait, j'aurais peut-être ainsi déniché une super opportunité, et retrouvé plus tôt le monde du travail ? »

Propos recueillis par Myriam Greuter

Avril 2009

Haut de page

Pour se former.fr en 1 clic !

Pour se former.fr en 1 clic !