
Pascale Gentil
Pascale Gentil, 41 ans, est passée de la DRH de Framatome (groupe public du nucléaire, 16 000 salariés) à celle d'une petite filiale du groupe privé NEC dédiée à la téléphonie.
Le déclic. « Début 2000, j'approchais du chiffre fatidique des dix ans passés chez Framatome. Responsable de 300 hauts potentiels dans le monde, je sentais une usure s'installer : quoiqu'intéressants, les projets n'avançaient pas, en raison de l'attentisme chez ce géant public de 16 000 salariés, par ailleurs en pleine incertitude avant sa fusion avec Areva. À l'époque, le marché du travail était porteur ; j'ai donc commencé à mettre le nez à la fenêtre. »
Le parcours. « J'ai effectué un bilan de compétences, financé par l'entreprise. Conclusion : deux voies s'ouvraient à moi – le conseil ou un poste de responsable RH généraliste (avec une dimension relations sociales). J'ai passé des entretiens, en interne et en externe, mais c'est finalement un collègue démarché par NEC qui m'a fait passer en juin 2000 une annonce pour un poste de DRH dans un nouveau centre de développement en téléphonie mobile. Je trouvais cette création ex nihilo excitante. En entretien, le courant est bien passé avec le DG, mais j'ai dû convaincre sur deux points : primo, je me suis appuyée sur mon année d'études aux Etats-Unis, sur la diversité des postes, des activités, des sites que j'avais connus pour prouver ma faculté d'adaptation ; secundo, j'ai montré que j'étais prête à apprendre le droit du travail et la négociation. J'étais encore en poste, je n'avais pas de raison de me survendre. En août 2000, j'ai été embauchée. »
Le changement. « Même s'il s'agit de deux univers d'ingénieurs, NEC n'a rien à voir avec Framatome. J'ai eu l'impression d'entrer dans une start-up – avec quand même la sécurité d'un grand groupe – : j'ai découvert l'open space (alors que chez Framatome, on avait la manie de la confidentialité), une équipe réduite (30 personnes au départ, puis jusqu'à 150), pleine de jeunes (je n'étais plus la junior de l'assemblée !) ; on n'avait plus d'assistante mais des agendas ouverts, et surtout, des produits aux cycles très courts – alors que le nucléaire, lui, réfléchit à dix ans. Je quittais un poste plan plan et la sécurité de l'emploi pour intégrer une filiale toute neuve dans laquelle tout était à faire, mais qui pouvait mettre la clé sous la porte dans six mois.
Professionnellement, avant, je renvoyais les questions difficiles sur un expert ; là, je me retrouvais soudain seule à prendre les décisions, tout en faisant 36 choses à la fois, en engrangeant, comme tout le monde, une foule d'infos… et en étant interrompue toutes les deux minutes. J'ai finalement passé huit ans chez NEC, pendant lesquels j'ai nettement élargi mon cœur de métier : j'ai recruté dans un milieu concurrentiel, j'ai développé la partie relations sociales lors du passage aux 35 heures, j'ai mis en place la politique RH.
Les débuts ont été angoissants, et la fin pas toujours drôle, quand il a fallu licencier. Mais cette expérience m'a globalement donné beaucoup d'assurance. En septembre 2008, j'ai démissionné pour suivre mon mari à Rennes. J'avais justement fait le tour du poste et j'avais envie de changer. Aujourd'hui, je songe à me tourner vers le conseil. »
Et si c'était à refaire ? « Je referais tout pareil ! Je suis contente de ne pas avoir attendu d'être forcée pour partir de Framatome quand j'ai senti poindre l'ennui et la frustration. Qu'on ait déjà passé cinq, dix ou quinze ans dans la même entreprise, je pense qu'il est bon de se sonder régulièrement et de se demander : est-ce que je suis toujours bien là ? Est-ce que je reste pour les bonnes raisons ? »
Myriam Greuter
Avril 2009