
Charles Battle
Charles Battle, 61 ans, directeur d'usine chez Emulsia (cosmétiques).
Le déclic. « Après trente ans d'une carrière dans l'industrie qui m'avait amené à devenir directeur industriel d'un établissement de production chez Guerbet (leader français des produits de contraste radiologique), je me suis senti un peu mis sur la touche : on me proposait moins de formations, de missions intéressantes… À 56 ans, à l'issue d'un départ négocié, j'ai créé mon cabinet de consulting spécialisé dans la sécurité et l'environnement – que j'ai dû liquider au bout de quatre ans, pour raisons de santé. En 2007, une fois rétabli, à l'approche de la soixantaine je me suis trouvé trop jeune pour être à l'écart de la société, et j'ai cherché du travail. »
Le parcours. « J'avais déjà été licencié à 47 ans, suite à la revente de l'activité. J'avais alors déjà constaté qu'à cet âge, les offres d'emploi se raréfient et que les préjugés sont tenaces : un jeune est supposé moins cher, plus tonique, plus malléable… Sur mon CV, je me présente a contrario comme un expert ayant résolu des problèmes complexes d'organisation. Je détaille les postes à responsabilités que j'ai occupés : directeur de production, directeur industriel, directeur d'établissement. Et j'écris que j'ai mis en place telle procédure, contribué à telle certification, organisé tel ensemble. J'ai répondu à des dizaines d'annonces, d'abord en vain. »
Le changement. « Je connaissais le cabinet de recrutement spécialisé QuinCadres [rebaptisé ProCadres International] depuis mon précédent licenciement, quand j'avais 47 ans. À l'époque, j'avais retrouvé un poste par un autre cabinet de recrutement, mais j'avais apprécié le sérieux de QuinCadres et son engagement en faveur de l'emploi des seniors. C'est un consultant de chez eux qui a convaincu Emulsia de me recevoir. Un moment tendu : le président de l'entreprise me trouvait trop calme ; il voulait un homme ferme, pour piloter un vaste changement d'organisation. Il a cherché à me pousser dans mes retranchements, en déclarant par exemple sèchement que mes expériences les plus lointaines ne l'intéressaient pas, ou en me demandant quand je m'étais mis en colère pour la dernière fois. J'ai évoqué des petits énervements sans conséquence ; j'étais résolu à montrer que je savais garder mon sang-froid. Mais en sortant, j'ai bien senti que le président n'était pas totalement convaincu. Plus tard, lors du deuxième entretien (renvoi sur la short-list), cette fois avec le directeur général, j'ai en revanche joué la carte de l'autorité et montré mon dynamisme. En début d'entretien, j'ai ainsi lancé au DG : « On va visiter l'usine, puis nous discuterons. » Par ailleurs, j'étais ouvert à tout : mission, CDD, CDI. Et j'acceptais de gagner moins qu'il y a dix ans. J'ai finalement convaincu que j'étais l'homme de la situation, capable de piloter la réorganisation qui s'imposait, et j'ai été pris en CDI. Les premiers mois ont été rudes mais les objectifs sont atteints. » (lire aussi : Salaire d’embauche : les bons arguments)
Et si c'était à refaire ? « Sans mon pépin de santé, je n'aurais pas dû liquider ma société, et je serais resté consultant : pour un senior, c'est en effet un prétexte en or pour être reçu par les dirigeants, pour les séduire… et se voir offrir un CDI ! »
Propos recueillis par Myriam Greuter
Avril 2009
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