Où en est la validation des acquis de l’expérience (VAE) à l’université ? La présélection attentive est la norme, et l’accompagnement fortement conseillé. Voici les résultats de notre enquête annuelle.
Obtenir un diplôme sans en (re)passer les épreuves, c’est ce que permet la validation des acquis de l’expérience (VAE). Quelles sont les chances aujourd’hui pour un candidat de se voir délivrer une licence ou un master ? Décryptage.
Validation totale ou partielle ? Près d’un candidat sur trois a obtenu, en 2006, le diplôme dans son intégralité, tandis qu’un sur quatre a décroché une validation partielle. Les échecs s’expliquent souvent par le « manque d’adéquation entre l’expérience du candidat et le diplôme visé ». Autre enseignement de l’enquête : la VAE ne se développe pas au même rythme sur tout le territoire. Certaines universités mènent la course loin devant : Lille 1 et Brest (université de Bretagne occidentale) confirment un leadership installé depuis 2002.
Les licences d’abord. Les candidats affichent une préférence marquée pour les licences générales et professionnelles. Avec raison : plus de la moitié des prétendants au diplôme bac + 3 réussissent une validation complète. Pour les masters, le taux de réussite est plus faible, avec 35 % de validations totales. Lille 1 fait figure d’exception dans le paysage français, avec une sur-représentation des masters : en 2006, 290 personnes ont postulé pour ce diplôme… contre seulement 9 en licence. « 90 % des candidats valident le M1, tandis que les validations pour le M2 sont souvent partielles », remarque Martine Carette, directrice du SUDES (Service universitaire de développement économique et social), le service formation continue de l’université Lille 1.
Sur le papier, la VAE concerne toutes les filières. Mais dans les faits, les demandes se concentrent sur les diplômes directement professionnalisants. Parmi les domaines le plus souvent cités : la banque et l’assurance, les ressources humaines ou encore les carrières sociales. Les formations en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), en informatique et en communication rencontrent aussi un réel succès. Tout comme les diplômes attestant une compétence transversale, que ce soit en management, en entreprenariat ou en qualité.
Priorité à l’évaluation. La présélection est devenue la norme : 95 % des universités la pratiquent. Elles examinent de très près la faisabilité et la pertinence du projet associé à la demande de validation, dans l’espoir de diminuer le taux d’échec à l’arrivée.
Principal critère de sélection, loin devant les autres : « l’adéquation entre le parcours professionnel et le diplôme visé. » Viennent ensuite « le lien avec le projet personnel » et « la motivation du candidat ». Cette dernière repose souvent sur un besoin de « reconnaissance à titre personnel », l’envie d’une « progression en interne » ou « le retour à l’emploi ». Certains salariés cherchent en outre à consolider leur statut.
Au-delà du dossier de recevabilité, les modalités d’évaluation varient selon les établissements. Six universités sur dix organisent un entretien individuel, avec un conseiller VAE ou un enseignant référent. « Attention, on n’organise pas le jury avant le jury, précise Laure Ben Moussi, responsable VAE à l’université de Bretagne occidentale. Mais on préfère vérifier la validité de la démarche avec le candidat… Résultat : 99,7 % des dossiers jugés recevables aboutissent à une validation devant le jury. »
Un tiers des établissements exigent également une lettre de motivation. « En obligeant le candidat à définir ses attentes, il devient plus facile de le positionner sur le bon diplôme, souligne Fabienne Hien, à Lille 3. Si son but est de poursuivre ses études après la VAE, une licence généraliste sera, par exemple, beaucoup plus appropriée qu’une licence professionnelle. »
Un accompagnement indispensable. Le choix du diplôme visé reste l’une des « principales difficultés rencontrées par les candidats », avec la rédaction du dossier, la formalisation du parcours et la recherche de financement. Certaines universités évoquent aussi spontanément la « lourdeur » de la procédure, qui serait source de démotivation et de découragement. Toutes ont compris en tout cas qu’un candidat a beaucoup plus de chances de réussir s’il est guidé tout au long de sa démarche. Conséquence : alors qu’il n’est pas obligatoire, l’accompagnement est, dans un tiers des établissements, imposé.
Si les universités fondent leur accompagnement sur des rendez-vous individuels, la moitié d’entre elles organisent maintenant des ateliers collectifs. Au programme : apprendre à rédiger son dossier et se préparer pour la soutenance orale. Paris 8 veut ainsi « aider les gens à entrer dans la philosophie du dossier ».
Se préparer en groupe. « Nos groupes accueillent six personnes au maximum pendant deux jours, tous diplômes confondus, décrit Aline Lebert, responsable VAE de l’université de Vincennes-Saint-Denis (Paris 8). Les échanges sont à chaque fois très riches. Chacun devient force de proposition, dans une dynamique de coformation. » À Cergy-Pontoise, les candidats ont la possibilité, depuis l’année dernière, de passer un « oral blanc ». « Ils se présentent à tour de rôle, le même jour, pour une simulation en temps réel, illustre Magali Réveillard, ingénieur de formation en VAE. En général, ça leur donne davantage confiance en eux pour le jour J. »
À terme, toutes les universités devraient mettre en place des formules collectives d’accompagnement. L’université Paul-Verlaine, à Metz, prévoit de le faire courant 2008. « Cela devient d’ailleurs de plus en plus urgent, constate Philippe Ganier, le responsable VAE. Le besoin se fait vraiment sentir de réunir les candidats pour leur donner des conseils méthodologiques. »
Prix : disparates. Le coût moyen d’une VAE dans l’enseignement supérieur tourne autour de 1 000 euros (hors frais d’inscription). Mais les variations sont très importantes d’une université à l’autre : un candidat salarié inscrit à Cergy-Pontoise paiera sa VAE presque deux fois plus cher qu’à Avignon ! Les universités les plus gourmandes sont Paris 12, Paris 6 et Paris 13 (1 230 euros chacune) et Toulouse 1 (de 1 500 à 1 700 euros). À l’inverse, Montpellier 1, Valenciennes, Avignon, Rennes 2 et Brest jouent la carte de la modération, avec des tarifs frôlant les 700 euros.
Heureusement, la politique de prix est en général différenciée en fonction des publics. Ainsi, à Pau, une validation coûte 1500 euros si elle est financée par l’entreprise, 700 euros si elle est prise en charge par le candidat, 300 euros pour un demandeur d’emploi (après réduction du chéquier VAE offert par le conseil régional). Le dépôt du dossier coûte en moyenne 172 euros, mais certains services de formation ont choisi de rendre cette étape gratuite. L’accompagnement proprement dit est facturé en moyenne 569 euros, avec des extrêmes à 220 euros et 1200 euros. Certains candidats doivent en plus acquitter des frais de jury de 630 euros, alors que c’est gratuit pour d’autres, sachant que le coût moyen du passage à l’oral est de 354 euros.
Des jurys réunis deux ou trois fois par an. La VAE est souvent une démarche de longue haleine : dans la majorité des universités, elle dure de six à douze mois, plus rarement de trois à six mois. « Quand la personne se présente au bout de quatre mois, très souvent le dossier n’a pas été suffisamment explicité pour répondre aux attentes du jury, estime Fabienne Hien. On préfère prendre le temps d’avoir un dossier en béton plutôt que d’envoyer les gens au casse-pipe. »
« Nous avons fixé une durée d’accompagnement minimale de six mois, revendique pour sa part Touria Arab à Angers. Tout d’abord parce que nous sommes trois chargés de mission pour gérer 180 candidatures. Ensuite parce que les candidats, pris par leur travail et leur vie familiale, n’ont pas le temps d’aller plus vite. Il leur faut un temps de maturation pour aller au bout. »
Dans six universités sur dix, le candidat à la VAE doit s’adapter à un calendrier rigide : le jury est organisé à date fixe. Une fois par an dans les plus petites universités, comme Limoges, plus généralement deux ou trois fois par an. Seulement 40 % des établissements affirment réunir les jurés « au cas par cas », donnant ainsi la priorité aux besoins des candidats.
Enfin, certaines universités ont opté pour un compromis : l’université de Bretagne-Sud, par exemple, organise des sessions exceptionnelles « en cas d’urgence ». Les dossiers sont le plus souvent traités par les jurys par ordre d’arrivée – sauf, là encore, en cas d’urgence, notamment si un chômeur peut retrouver un emploi rapidement après sa validation.
Des entreprises très intéressées. Les patrons font de plus en plus souvent appel aux universités pour traiter leurs besoins de VAE. Ainsi, 55 % des services de formation continue travaillent sur des demandes d’entreprises. Un signe que le diplôme n’a rien perdu de son aura.
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Sylvain Marcelli
Décembre 2007