Regain des stages courts interentreprises dans les domaines du développement personnel, de l'informatique ou du management, formations « métiers » de plus en plus contextualisées, timides avancées pour promouvoir l’accompagnement personnalisé… telles sont les tendances phares des catalogues 2008.
Comment vont les organismes de formation ? Plutôt bien, si l’on en juge d’après les chiffres de la dernière enquête de la Fédération de la formation professionnelle : en constante progression, le chiffres d’affaires des organismes privés grimpent de + 4 % en 2005, franchissant la barre symbolique du milliard d’euros. Et la hausse continue : fin 2007, les deux poids lourds du secteur prévoient tous une croissance à deux chiffres : + 20 % de CA envisagé à la Cegos fin 2007, + 29,5 % pour le premier semestre 2007 chez Demos…
À quoi attribuer ce regain ? La réforme de la formation commence-t-elle enfin à avoir un effet visible ou les entreprises rattrapent-elles leur retard consécutif à la promulgation de la loi de mai 2004 ? La dernière hypothèse est sans doute la bonne. Car selon la FFP, le poids du DIF reste infime : fin 2006, il représentait seulement 2,2 % de l’activité des organismes de formation. Ces derniers espèrent cependant doubler la mise fin 2007, car « le démarrage reste faible au regard des enjeux », déplore Jean-François de Zitter, vice-président de la FFP.
Fini l'adaptation à un format de 20 heures, les salariés ont entre 60 et 80 heures de formation au compteur.
Le DIF, miroir aux alouettes ou effet retard ?
De fait, après quatre ans d’existence, la promesse d’un vrai marché du DIF a disparu chez presque tous les prestataires de formation. Y compris notamment dans le créneau des langues : « Le DIF joue un rôle sur notre hausse d’activité puisqu’il devrait représenter 7 % de notre chiffre d’affaires 2007. Mais on s’attendait à mieux. C’est surtout le contexte de mondialisation qui tire le marché de la formation linguistique, plus que la réforme », analyse Alvaro Camp, directeur de Télélangue. Tous domaines de formation confondus, l’impact du DIF est qualifié de « marginal » par les organismes, qui faute de comptage officiel dans leurs bilans annuels, ont tout de même du mal à déceler si l’inscription du stagiaire s’effectue au titre du plan ou du DIF.
Mais une chose est sûre : après quatre ans, ce nouveau « droit » a cessé d’inquiéter les esprits dans les organismes. Fini la contraignante adaptation à un format de vingt heures, les salariés ont maintenant entre soixante et quatre-vingts heures de formation au compteur. Exit le souci d’adapter la formation au hors temps de travail, la réalité confortant l’usage du DIF pendant le temps de travail (lire aussi « Comment les entreprises s’approprient la réforme »). Envolée l’inquiétude de répondre à plusieurs logiques de consommation, les prestataires estimant, grâce à une offre très modularisée, pouvoir répondre à tous les cas de figure, que le salarié épuise annuellement ses heures ou les capitalisent. « Nous avons toujours pensé que ce n’était pas le format d’heures qui devait dicter l’offre. Même si un salarié a droit à quatre-vingts heures de DIF en 2008, cela ne signifie pas qu’il va en utiliser la totalité pour suivre la formation qui l’intéresse », estime Sophie Bolloré, P-DG de Docendi.
« Le développement des compétences relationnelles devient aussi important que la maîtrise de son activité »
Carton plein sur le développement personnel
Certaines tendances lourdes apparaissent, comme le regain des stages courts interentreprises, dans des domaines comme le développement personnel, l’informatique ou le management. Avec 14 % de l’activité en 2006*, le management sous toutes ses formes enregistre d’ailleurs la plus forte progression de l’activité des prestataires, derrière les formations métiers (27 %) et linguistiques (17 %)*. D’ailleurs, sans surprise, ce sujet sera le meilleur produit d’appel de l’offre 2008. Gestion du stress, techniques de communication, art de stimuler ses troupes… : les entreprises misent toujours plus dans l’efficacité de leurs managers.
« Le développement des compétences relationnelles devient aussi important que la maîtrise de son activité. Les RH ont pris conscience de leur impact sur la performance des managers », affirme Sophie Bolloré. Même croyance chez certains acteurs du e-learning spécialisé dans le management, comme Crossnowledge, dont 40 % de l’activité des stages en ligne concernent des formations dites « comportementales » : « Les entreprises investissent de plus en plus dans le développement du leadership de leurs cadres, mais aussi de leurs chefs de projets ou de leurs vendeurs. Cet état d’esprit gagne toutes les strates de l’entreprise », observe Steve Fielh, directeur associé de la société. Fort de ce constat, Crossnowledge teste cette année 15 nouvelles formations Web sur les fondamentaux du leadership (relayer le changement, être exemplaire, incarner la vision de l’entreprise…) adaptables au contexte de l’entreprise.
Dans l’air du temps également, les stages de management à dominante psychologique (mieux connaître son mode managérial, mieux communiquer avec son équipe, s’affirmer dans ses relations professionnelles) prolifèrent encore cette année : quatre nouveaux stages sous cette bannière à la Cegos, dix chez Docendi… Jamais les cadres n’auront eu autant l’occasion de sonder leur personnalité d’aussi près !
Une offre au plus près des métiers
À côté du développement personnel, les formations métiers dominent toujours l’offre, évolution des process, des fonctions et des modes de travail oblige. « Avec les nouveaux systèmes d’information qui allègent les taches administratives, les entreprises recherchent des formations pour accompagner l’expertise métiers de leurs collaborateurs. De plus, la demande est aussi soutenue par les besoins de former les nouveaux embauchés aux bases du métier. C’est le cas notamment du secteur bancaire, qui recrute en masse pour compenser les départs en retraites », constate Michel Fourmy, responsable du pôle RH à la Cegos.
Hormis des stages de courte durée, certains organismes misent sur cette dimension « professionnalisante » pour proposer des cycles métiers longs. Avec un label de certification, voire de diplômes à la clé, comme la Cegos qui propose plusieurs mastères spécialisés (dans l’environnement, les achats ou le management de business unit) en partenariat avec des grandes écoles. Marché en devenir ou simple effet vitrine ? « La demande pour ces cycles professionnalisant est encore assez timide, admet Christophe Boisseau, directeur du marketing et de la communication d’IFG-CNOF. Mais plus le DIF va imprégner les esprits, plus les salariés exprimeront des besoins en formations qualifiantes qui servent leur carrière », affirme-t-il. Fort de cet optimisme, cet organisme renforce sa gamme de formations certifiantes, avec 28 thèmes proposés cette année : aux cycles métiers destinés aux futurs cadres, managers ou acheteurs se greffe une nouvelle formation modulaire de sept jours dédiée aux futurs responsables de recrutement et de mobilité. Comme les autres parcours, elle permet de décrocher une certification privée. L’IFG, comme d’autres organismes, s’appuyant sur la démarche de certification entreprise par la Fédération de la formation professionnelle.
Certains organismes proposent des cycles métiers longs, avec un label de certification, voire de diplômes à la clé.
En attendant, les prestataires pourront toujours compter sur l’actualité pour remplir leurs stages. Car entre l’évolution du droit social, des normes comptables (IFRS) ou environnementales, le besoin de s’approprier de nouvelles réglementations est réel. D’ailleurs, les RH seront sans doute les premiers concernés, à en juger par l’offre 2008 : la récente loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat, ou les accords GPEC sont mis en avant chez tous les prestataires, de Demos au CESI.
Vers plus d’accompagnement ?
Un des changements notables apporté par la réforme est sans doute dans la perception de la formation : « Les responsables formation ont désormais beaucoup plus d’exigence en matière de professionnalisation. Ils veulent des actions efficaces, mesurables et adaptées au contexte professionnel », observe Alan Nobili, directeur de Digital publishing, organisme spécialisé dans les formations linguistiques en e-learning. Depuis la réforme, les prestataires ont bien anticipé la question : tous ont développé des stages courts très ciblés, adaptés à l’activité des managers ou des assistantes : savoir animer une réunion, rédiger des emails en anglais, mener une négociation commerciale… Tous les organismes reprennent ces stages très opérationnels dans leur catalogue interentreprises. Avec quelques aménagements cependant, pour répondre à l’exigence croissante de retour sur investissement. « La tendance est aux formations plus individualisées et davantage accompagnées. Nous travaillons plus à partir de situations de travail, en incluant des objectifs de mise en pratique définis avec un tuteur à la fin de la formation », explique Steve Fielh, de Crossnowledge. Même écho à la Cegos, qui renforce l’accompagnement assuré par le formateur, en amont et en aval des cycles longs professionnels. « Nous prévoyons un coaching d’une demi-journée avant la formation pour définir les objectifs attendus avec le stagiaire, suivi d’un entretien à l’issue de la formation pour l’aider à concrétiser son plan d’action dans sa pratique », décrit Michel Fourmy. Face à ces nouvelles exigences, ce type d’accompagnement individualisé formera sans doute un atout concurrentiel pour les organismes de formation, même si pour l’instant ce suivi reste marginal…
* 9e enquête de l’observatoire de la Fédération de la formation professionnelle, juin 2006.
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Lydie Colders
Février 2008