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Le point de vue du salarié : Sabine*, cadre dans une banque

« Je suis perçue comme quelqu’un de serein, qui ne perd pas pied dans l’urgence, garde du recul et le sens des priorités. »

Sabine* a commencé sa carrière dans l’audit. Issue d’une prépa puis d’une école de commerce, elle était « programmée » pour s’investir dans son travail, mue par l’ambition d’avoir un métier à la hauteur de l’investissement personnel consenti pendant ses études. Le poste s’y prêtait aussi : « Nous travaillions tous comme des fous, se souvient-elle. Je mangeais sur le pouce et ne rentrais jamais chez moi avant 22 heures ou 23 heures. Il y avait beaucoup de pression, mais aussi une forme de solidarité dans l’effort entre collègues, tous jeunes diplômés. Je dirais même un certain masochisme : c’était à celui qui en ferait le plus et montrerait la mine la plus défaite ! »

 

Problèmes physiques. Sabine joue le jeu, mais à quel prix ! « N’ayant pas une excellente résistance physique, j’étais tout le temps malade. Sur le moment, je ne faisais pas le lien entre les deux. Je voyais bien que mon boulot ne me faisait pas de bien, mais je n’avais pas le temps de me poser de questions existentielles. Avec le recul, je me souviens d’un état de fatigue et de ras-le-bol qui devait être proche de la dépression. »

Une rupture sentimentale lui fait prendre conscience qu’elle est allée trop loin. Elle quitte l’audit quand l’un de ses clients lui propose un poste. « De toute façon, je n’avais pas le temps de chercher du boulot. » C’est le début d’un long cheminement qui lui a permis d’instaurer une distance plus saine vis-à-vis de son travail. « Au fil des années, j’ai été marquée par le cynisme avec lequel l’entreprise traite parfois les individus qui travaillent pour elle. À force de voir des personnes de valeur “placardisées” sans raison valable, j’ai commencé à comprendre qu’il était dangereux de mettre tous ses œufs dans le même panier. Car personne n’est à l’abri d’un accident de parcours. Cela m’a amenée à me protéger. »

 

Résistance passive. Sabine travaille encore beaucoup, mais avec plus du recul. Les outils modernes de communication lui permettent de pratiquer une forme de résistance passive. « J’ai un BlackBerry [ou smartphone, NDLR] parce que j’y suis obligée, mais je n’ai pas constamment un œil dessus. Je continue à mettre un message d’absence sur mon mail quand je suis en vacances. » Sabine sait aussi refuser une réunion tardive. Et part du bureau sans culpabilité (à 19 heures, tout de même) quand elle a bouclé un dossier. Sa plus grande victoire de perfectionniste repentie : privilégier l’efficacité et doser la quantité de travail fourni par rapport aux objectifs fixés, même si le résultat n’est pas… parfait !

Sa nouvelle posture constitue-t-elle un handicap dans sa carrière ? Loin de là ! Sabine est appréciée par son manager comme par ses collègues. « Je suis perçue comme quelqu’un de serein, qui ne perd pas pied dans l’urgence, garde du recul et le sens des priorités. Cette sérénité est justement liée à la distance que j’ai acquise. D’autant que, comme j’ai pu le constater dans les années passées, en faire plus que les autres, se montrer taillable et corvéable à merci n’est pas le meilleur moyen pour obtenir respect et reconnaissance. »

* Le prénom a été modifié

 

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Marie-Pierre Noguès-Ledru

Février 2008

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