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« Attention au réseau ''cocooning'' »

Hervé Bommelaer, consultant en gestion de carrières au cabinet d’outplacement L’Espace Dirigeants

Pour Hervé Bommelaer, consultant en gestion de carrière et auteur de « Rebondir en temps de crise, 50 bons réflexes au quotidien » (1), outre un plan B, il faut aujourd’hui avoir un plan C ou D « pour s’adapter en cas de pépin ». Encore faut-il savoir tisser un réseau efficace. Ses conseils.

Est-ce vraiment le moment de bouger aujourd’hui ?

 

C’est l’un des meilleurs qui soit si l’on accepte un minimum de risques. Les chasseurs de têtes qui recrutent se plaignent du déficit de candidatures. Naturellement, toute crise est source d’angoisse, de colère, de rancœur, de frustrations. Soit on se pelotonne sur soi. Soit on prend des risques. Alors autant en profiter pour penser et agir de façon « disruptive ». Autrement dit pour traquer ses modes de pensée répétitifs, ses certitudes, la routine. Et se repositionner, sur son job, son devenir, ses envies. Les managers qui ont vécu des ruptures de carrière retrouvent, après avoir rebondi, un bel appétit professionnel, à 80 % pour d’entre eux. Les lignes bougent sur les métiers, les façons de l’exercer. Il faut oser envisager des voies professionnelles inattendues.

 

Faut-il donc anticiper le pire ?

Un cadre doit toujours avoir une solution de sortie, un plan B. Classique ! Il sait que si ça tourne mal ou s’il n’est plus bien à son poste, il pourra faire autre chose. Actuellement, l’incertitude et l’imprévu font partie du quotidien. Il aura donc aussi un plan C et D, afin de s’adapter au mieux en cas de pépin. Il peut imaginer diverses voies : changer de métier pour faire du commercial – il y a des postes –, devenir formateur, vivre de missions via le portage salarial, créer sa structure de conseil, etc. Quitte à revenir en entreprise quand la tempête sera passée. Il se sera ouvert l’esprit.

 

Le réseau est-il la solution miracle ?

C’est une solution pour dégager des pistes. Beaucoup de gens restent sur le syndrome du meilleur élève. Cette idée que celui qui arrive tôt en classe ou qui révise ses leçons à l’étude réussira partout. Faire bien son travail ne suffit pas pour s’en sortir. En entreprise, le relationnel pèse autant que les compétences. Quelqu’un de brillant mais isolé sera viré le premier. Bien avant son collègue moins performant mais qui a de l’influence, des appuis. Comme les enfants moins studieux, il faut sortir dans la cour de récréation, là où se tissent les alliances. Mais attention au réseau « cocooning ». Voir des gens comme soi, du même âge, du même métier, issus de la même école, est inefficace. Tout le monde pense pareil et se rassure. Rencontrez des gens différents, d’autres univers. Ayez accès à des informations originales. Cela, personne ne le fera à votre place.

 

Comment dégager du temps alors que la pression est si forte dans les bureaux ?

Un bon moyen consiste à optimiser ses déjeuners. En les programmant en avance, avec des personnes de l’entreprise et de l’extérieur (experts, clients, fournisseurs etc.). Vous avez 5 déjeuners par semaine, soit 250 par an en retirant les vacances. Vous pouvez donc rencontrer 250 personnes différentes dans l’année. Sans que cela ne prenne trop de temps. Préparez ces repas : qu’est-ce que je sais d’elle (de lui) ? Que puis-je lui apporter ? Que peut-elle (il) m’apporter comme idées et nouveaux contacts. On peut ensuite élargir aux petits-déjeuners, apéritifs, ou cafés du soir qui ont l’avantage de ne pas s’éterniser.

 

Vous affirmez que la crise est un examen de passage pour un manager…

Oui. Parce que lors de séismes, souvent, chacun cherche à sauver sa peau. Se laissant submerger par ses peurs. Regardez mai 68. Lorsque De Gaulle partit à Baden Baden, Georges Pompidou est resté tout seul à Matignon avec un carré de fidèles, dont Chirac et Balladur. Les autres brûlaient leurs archives, prêts à fuir. Le premier ministre en a tiré une forte légitimité pour la suite. En entreprise, c’est pareil. Le manager doit savoir qu’il va être jugé, noté, scruté à la loupe sur ses comportements et ses capacités de leadership. Tant par ses troupes que par son supérieur. Le chef d’équipe surtout, qui reste un rouage essentiel, sera jugé sur son courage devant l’épreuve. Il doit être une source d’inspiration positive, et pour ses collaborateurs et pour son patron. Ceux-ci s’en souviendront.

 

Peut-on faire abstraction de ses doutes sur l’avenir ?

Il faut surtout fuir ceux que j’appelle les toxiques. Ces individus qui vous freineront dans tous vos élans. Quand tout va bien, ils sont déjà nuisibles. En période de crise, il pullulent et sont encore plus dangereux. Tel l’amiante présente dans les murs ou le plomb dans les canalisations, ils sont parfois invisibles. Il s’agit de les identifier autour de soi. Parfois dans le cercle de ses intimes, le conjoint, le meilleur ami, le père, l’enfant… Les toxiques dissuadent. «  C’est pas à ton âge qu’on se réoriente ! », « Créer une boîte ? Tu ne tiendras jamais le coup ». Ou bien ils s’apitoient. « Mon pauvre, ce doit être dur à vivre », « Tu n’as jamais eu de chance ». Le seul traitement possible, c’est de prendre de la distance. Fréquentez plutôt des « piles » qui vous rechargent en vous donnant de l’énergie ou des « ampoules » qui vous éclairent et vous ouvrent des perspectives.

 

(1) Hervé Bommelaer est consultant en gestion de carrières au cabinet d’outplacement L’Espace Dirigeants (1). Il vient de publier « Rebondir en temps de crise, 50 bons réflexes au quotidien » (Eyrolles, mars 2009). Spécialiste du networking, il est également l’auteur de « Trouver le bon job grâce au réseau » et « Booster sa carrière grâce au réseau », tous deux édités chez Eyrolles en 2007.

Propos recueillis par Marie-Madeleine Sève

Avril 2009

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