
Emmanuel Lulin, directeur de l’éthique de L’Oréal
Depuis 2000, L’Oréal a mis en place des formations à l’éthique à destination de ses collaborateurs. Emmanuel Lulin, directeur de l’éthique pour l’ensemble du groupe, explique l’enjeu de ces formations. Et dénonce le manque de sensibilisation des jeunes diplômés sur ce thème.
En quoi consistent ces stages d'éthique ?
Ces stages ont été mis en place dans la foulée de la première charte éthique de L’Oréal, en 2000. Ils sont intégrés dans le cadre des formations obligatoires, et concernent presque tous les salariés, partout dans le monde. Certains de ces séminaires sont généralistes, d’autres s’appliquent spécifiquement à un métier. Récemment, un module sur l'éthique a été ajouté au programme d'intégration auquel participent tous les managers rejoignant L'Oréal. La plupart du temps, ces formations se composent d'un travail à faire l'avance, puis d'une discussion basée sur des études de cas, parfois réels. Les salariés peuvent également se former en ligne sur un site intranet. Quant aux objectifs, ils sont clairs : nous souhaitons que nos collaborateurs comprennent pourquoi l'éthique est importante, qu’ils développement leur « raisonnement éthique », qu’ils démontrent un niveau élevé d'intégrité personnelle, et qu’ils mettent en œuvre la charte dans leur quotidien.
Est-il possible d’évaluer les effets de ces formations ?
Tout d’abord, nous avons un retour très positif des participants, qui apprécient cette opportunité de se poser des questions sur la mission de L'Oréal, sur le rôle de cette entreprise dans la société. Beaucoup d’entre eux nous disent qu’ils souhaitent davantage parler d’éthique dans leur travail quotidien. Et puis, nous sommes de plus en plus sollicités pour intégrer une réflexion éthique dans les procédures du groupe. Notre « journée annuelle de l’éthique », avec un webchat en direct avec notre directeur général sur ces questions, rencontre un vrai succès.
Les jeunes diplômés que vous recrutez sont-ils assez sensibilisés aux questions d'éthique ?
Ils y sont sensibles, mais ils sont insuffisamment formés dans ce domaine, ce que je regrette. Je compte d’ailleurs écrire à toutes les écoles ou universités avec qui nous travaillons pour qu’elles m’indiquent ce qu’elles font concrètement dans ce domaine, afin d’avoir une meilleure vue d’ensemble. À L’Oréal, nous essayons d’encourager ces pratiques. Nous avons par exemple créé l’année dernière une bourse d’excellence pour l’éthique, qui a récompensé deux étudiants. Nous sommes aussi partenaire du master "droit et éthique des affaires" de l'université de Cergy-Pontoise, et nous intervenons dans des écoles et universités sur ce sujet. À mon sens, l’important n'est pas d'avoir un cours d’éthique à part, mais d'intégrer cette dimension dans chacune des grandes matières enseignées.
Propos recueillis par Jessica Gourdon
Juillet 2010