Obtenir un diplôme ou un titre professionnel correspondant à son savoir et à son expérience est sans conteste une opportunité à saisir. D’où l’intérêt de la validation des acquis de l’expérience. Démonstrations par l’exemple…
Andréa Musso est un tout jeune diplômé de… 39 ans. Entré il y a dix ans au Centre européen pour la recherche nucléaire (Cern) basé à Genève, il a en charge le suivi de production d'aimants supraconducteurs pour le futur accélérateur de particules. Auparavant, ce résident Français originaire d’Italie a travaillé pour la NASA en Floride, comme technicien chargé de l'assemblage mécanique d'un satellite puis responsable d’équipe. Les technologies complexes, il connaît donc. Et il a la confiance de ses chefs. « Jusqu’à présent, il suffisait que mes supérieurs reconnaissent mon expérience et ma capacité à mener un projet à terme pour que l’on me donne la responsabilité d’ une mission ». Mais les règles du Cern, établissement public, sont strictes : sans diplôme de l’enseignement supérieur, Andréa Musso ne peut progresser. Les portes de certains séminaires réservés aux ingénieurs et cadres lui sont même fermées. Un beau jour, il s’engage. « Pour assurer [son] évolution de carrière », il entreprend une démarche de Validation des acquis de l’expérience et obtient un diplôme d’ingénieur de production automatisée, délivré par l’Institut des Techniques d'Ingénieur de l'Industrie de Poitou-Charentes. Une démarche payante puisque depuis Andréa Musso a été promu ingénieur.
Une démarche complexe
La VAE permet d’obtenir tout ou partie d’un diplôme, d’un titre professionnel ou d’un CQP (certificat de qualification professionnelle) de branche sans nécessairement passer par la formation ni des épreuves d’examen (lien page VAE, mode d’emploi).
Pourtant, les candidats à la VAE ne se précipitent pas. Le parcours peut en effet être long, comme en témoigne Nicolas Vermond. Responsable de la documentation et de l’information professionnelle pour les personnels de la BNF (Bibliothèque nationale de France ), à 33 ans, il vient de valider le diplôme professionnel de chef de projet en ingénierie documentaire de niveau bac + 5 à l’INTD (Institut national des techniques de la documentation). Il a dû rédiger un mémoire de 200 pages en justifiant son expérience point par point à travers des exemples précis, et des annexes attestant ses déclarations. Près de 18 mois de procédure, environ 500 heures de travail réalisées et des vacances sacrifiées, c’est le prix qu’a payé Nicolas Vermond pour atteindre son objectif de validation de la totalité de son diplôme.
Vingt jours de travail à l’ESCP-EAP
« La durée nécessaire pour monter le dossier peut aller de deux mois à plus d’un an. Tout dépend de la disponibilité et du profil du candidat et de la formation visée », confirme Marie-Odile Paulet, chef du service compétences et validation du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers). « Il faut être prêt à y passer du temps, reconnaît Catherine Loison, chef de projet Corporate Division à l’ESCP-EAP. Depuis un an, l’école permet aux cadres ayant une expérience de cinq ans en management d’obtenir le titre « Cadre dirigeant » par cette voie, titre de niveau I certifié et inscrit au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) (1). Pour ce faire, les candidats doivent valider deux domaines de management (« management général et stratégie » et « management des hommes et des équipes ») et choisir une spécialité parmi les 11 proposées (achats, commercial, marketing…). « Pour chaque activité, ils doivent prendre un exemple de situation rencontrée, le contextualiser, analyser leurs pratiques afin d’en tirer des éléments de ‘’transférabilité’’, en étayant leurs propos d’éléments de preuves (tableaux de bord, compte-rendus, actes de délibération d’un conseil d’administration, rapports…). Notre objectif est de savoir ce qu’ils ont appris sur le terrain et ce qu’ils sont capables d’en retirer pour s’en resservir ; de connaître leurs réussites, mais aussi leurs échecs. » Pour valider le domaine multiculturel, ce directeur de projet informatique a ainsi choisi une mission lors de laquelle il avait encadré des équipes de nationalités différentes. Il y décrit ce qu’il a retenu de la collaboration avec telle ou telle équipe, et a même joint un guide des bonnes pratiques qu’il a lui-même rédigé. Le candidat a ainsi montré qu’il avait acquis une compétence en management interculturel et qu’il était capable de l’utiliser à nouveau. « Nous estimons qu’il faut vingt jours de travail plein pour rédiger le dossier de validation, » souligne Catherine Loison. Ce à quoi il faut ajouter la recherche de preuves, la participation au jury et aussi à l’assessment center. Singularité de la démarche initiée par l’ESCP-EAP : pour évaluer leur capacité à manager des équipes, pendant une demi-journée, les candidats sont observés lors de mises en situation de management. « Nous avons estimé qu’il était très difficile d’évaluer le management des hommes sur papier. » Ils doivent résoudre un cas pratique (remplacer un manager « au pied levé » par exemple, et faire face à de nombreuses sollicitations) et mener deux entretiens, l’un avec un collaborateur, l’autre avec un supérieur. Un jury leur restitue ensuite ses conclusions.
Une démarche toujours volontaire
Elles sont encore rares, mais des entreprises incitent désormais leurs salariés à s’engager dans une démarche de VAE. Histoire de prestige ? Actuellement, l’ESCP EAP (École supérieure de commerce de Paris - Ecole européenne des affaires) accueille une quinzaine de personnes de la même société. Objectif : professionnaliser et qualifier des cadres pour, à terme, les fidéliser et les préparer à de nouvelles procédures de travail. Mais attention ! Catherine Loison, chef de la division de formation continue de l’école, insiste : « Même si la demande de l’entreprise s’inscrit dans l’optique d’une réorganisation ou d’une fusion, le préalable est que le salarié soit volontaire. Sinon, la démarche a peu de chances d’aboutir ». Elle nécessite de s’auto-évaluer au plus juste, ce qui requiert un véritable engagement personnel. Plus habitués à écrire sur leurs collaborateurs que sur eux-mêmes, les cadres ne sont pas coutumiers de l’exercice. « Par contre, leur fonction d’encadrement les amène à appréhender la gestion des compétences et à structurer les entretiens d’évaluation. Ce qui rend plus facile la compréhension du travail à réaliser », souligne Marie-Odile Paulet. Autre clé de réussite : être déjà confronté dans sa pratique à des problématiques complexes. Cela facilite l’appropriation d’une démarche qui ne l’est pas moins.
(1) Les certifications qui y sont enregistrées reconnues par l’Etat et les partenaires sociaux.
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Yves Deloison, avec Nathalie Samson
Avril 2007