Faire des vocalises pour mieux maîtriser son expression orale, s’entraîner sur un terrain de rugby pour comprendre le travail d’équipe… les formations « décalées » sont une façon originale de joindre l’utile à l’agréable.
Nadine Fuget, chef de projet informatique aux AGF, est intarissable. Cette cadre, qui se décrit elle-même comme « réservée », est revenue transformée après avoir suivi le stage « Travailler sa voix pour s’affirmer à l’oral » à la Cegos. Pendant deux jours, elle s’est retrouvée avec une dizaine de participants face à… une cantatrice. L’organisme de formation avait bien ménagé la surprise : sur le catalogue, le descriptif très technique ne pouvait mettre la puce à l’oreille des candidats. Le suspense, bien gardé, n’a d’ailleurs été levé qu’au moment des présentations de début de stage. « Quand la formatrice nous a dévoilé son identité, ma première réaction a été de me demander “pourquoi pas ?” », se souvient Nadine. Commencent alors les exercices : les participants sont invités à émettre des sons en veillant à faire porter leur voix le plus loin possible. Le premier moment de surprise passé, le petit groupe se jette à l’eau. Suivent des conseils pour apprendre à maîtriser son corps. « Chacun doit trouver sa posture pour que son discours atteigne le public », explique Nadine. Après plusieurs essais, elle opte pour le look John Wayne, avec un style décontracté ; elle est bien « calée », les jambes légèrement écartées, les mains enfoncées dans les poches du jean…
Les techniques théâtrales au service de la vie professionnelle
Surfant sur le succès de cette formation originale, la Cegos a convaincu quelques acteurs de quitter les planches pour les salles de cours. À l’instar de Gilles Fraigneau, qui s’appuie sur son expérience de comédien de théâtre et de metteur en scène pour apporter aux cadres devant effectuer des présentations en public des outils permettant de maintenir en éveil leur auditoire. « Le rôle de l’acteur est de servir un texte qui a du sens. C’est la même chose quand on doit faire un exposé professionnel. Il faut s’interroger sur le fil conducteur, travailler la scène de démarrage qui va capter l’auditoire, trouver le moyen de relancer l’attention par un changement de ton, une intonation, une phrase de relance, un silence calculé…» Le comédien transmet également aux stagiaires des techniques éprouvées sous les feux de la rampe pour maîtriser leurs émotions ; notamment apprendre à respirer pour refouler le trac, qui peut réduire à néant les efforts préalables pour rendre une présentation agréable. « Nous commençons à travailler sur des petites scènes qui n’ont rien à voir avec le monde du travail. C’est nécessaire si on veut que les gens entrent dans le jeu. Au bout de deux jours, quand les participants sont complètement dans le bain, ils mettent en pratique ce qu’ils ont appris en s’exerçant à partir d’exemples puisés dans leur vie professionnelle. »
Un succès grandissant
L’utilisation du théâtre en entreprise se taille un tel succès que l’organisme Théâtre à la carte, un des poids lourds du secteur proposant des formations sur mesureà ses clients, envisage de créer des stages ouverts à tous (en « interentreprise »). Le projet des Ateliers théâtre Thierry Hamon est plus avancé encore : dès septembre, son offre à destination de salariés venant de différents horizons va voir le jour. Cette école permet déjà aux personnes intéressées de faire prendre en charge des stages de théâtre classique dans le cadre du DIF (droit individuel à la formation) !
Même si ces cours ne font pas directement le lien entre ce qui se passe sur la scène et au bureau, certains participants ne cachent pas leur motivation. Comme Leila, consultante chez Eurocontrol, un organisme en charge du contrôle de sécurité du trafic aérien. Depuis quelques mois, elle s’est inscrite aux cours de théâtre en anglais afin d’améliorer sa pratique de la langue de Shakespeare. « Nous répétons la Nuit des rois. Ce n’est pas, à première vue, le moyen le plus approprié pour enrichir son vocabulaire courant. Mais apprendre les textes par cœur me permet de mieux mémoriser les nouveaux mots. Parler anglais en jouant une scène renforce aussi sa confiance en soi. »
Sport et management d’équipe
és : à l’IFG-CNOF (formations professionnelles au management et à la gestion), c’est un ancien champion de boxe, Pascal Cathiard, qui officie lors d’un stage de gestion du stress. Le sport, objet de nombreuses métaphores illustrant la performance, le leadership, la cohésion d’équipe… est d’ailleurs largement utilisé dans ce type de démarche. En s’associant à la Fédération de Rugby de l’Isère, François Lecca, consultant et enseignant à Grenoble école de management, a monté des formations au management d’équipes reposant sur le ballon ovale : après une brève présentation, les cadres retirent la veste et enfilent le short… On court beaucoup sur le terrain. « C’est une façon de se rendre compte que le management d’équipe contient une dimension physique », met en avant le formateur. Quand l’arbitre siffle la fin du match, vient l’heure du débriefing. « On revient sur les moments forts et on analyse les forces et les faiblesses de chaque équipe en essayant à chaque fois de relier les fautes à des erreurs que l’on peut commettre en entreprise. »
Des stages pour… respirer !
Pour ceux qui préfèrent les activités plus « soft », l’art offre également de nombreux champs de réflexion. Hélène Mugnier, ex-enseignante à l’École du Louvre, qui a ouvert son propre cabinet Art et entreprise, n’a pas eu beaucoup de mal à convaincre ses prospects : Picasso, Monet, ou Degas offrent un terrain parfait pour comprendre ce qu’est la créativité et surtout comment elle s’organise. « La toile est un endroit où s’expriment les contradictions et les conflits entre les idées et leurs représentations », explique-t-elle. La peinture permet aussi d’aborder la question des risques liés à l’innovation. Si celle-ci n’est pas suffisamment encadrée ou réfléchie en amont, elle peut partir dans tous les sens. Si Art et entreprise réserve encore ses interventionsà des sociétés qui en font la demande, les personnes intéressées ont la possibilité de participer à des conférences données par Hélène Mugnier dans les principaux musées. Même approche pour Goût en scène, qui revisite le management à partir de recettes de cuisine, ou pour l’École des Thés, qui entraîne les participants à la découverte des mille facettes de ce délicat breuvage pour s’imprégner du parfum d’autres cultures. Aux côtés de leurs stages sur mesure, très prisés en entreprise, ces prestataires ont développé des événements grand public. Quels que soient les sup ports utilisés, ces programmes apportent une bouffée d’oxygène dans l’univers de la formation professionnelle. « C’est à la fois très amusant et très utile. J’ai commencé à utiliser certaines des recettes apprises quand j’ai fait des présentations en public. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas une seule seconde ! », s’enthousiasme Nadine Fuget, qui cherche aujourd’hui à convaincre ses collègues de s’engager sur ses pas. On ne peut rêver meilleure publicité…
Vous vous posez des questions sur le choix de votre formation... Venez échanger sur notre forum : http://forum.pourseformer.fr
Laurence Estival
Juillet 2007