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Être content de soi, enfin !

André, 50 ans, est le roi du reporting ! Les calculs des prix au kilomètre ou à la tonne, par bateau ou par camion, en euros ou en dollars, n’ont pas de secret pour lui. Normal pour ce directeur des achats d’un groupe élec­tronique. Mais il va trop loin, traquant les moindres détails. Allant jusqu’à paramétrer l’usure des pneus ou les tarifs d’assurance afin d’harmoniser un tableau comparant les transporteurs de dix pays.

Dernier exemple en date, en octobre : « J’ai dû dénicher d’urgence un fournisseur pour l’un de nos sous-traitants au Mexique, raconte-t-il. J’ai suivi la procédure d’homologation. Un questionnaire de cinq pages en 35 points. Je ne voulais pas déroger aux règles maison. » Résultat : dix jours harassants au régime sandwich, douze actions menées de front, deux heures de conférence call par jour, des nuits courtes, deux reportings de dix pages, et un grand agacement de son supérieur. « J’ai perdu sept jours, reconnaît André. Le processus était trop lourd pour un simple dépannage. J’aurais pu me contenter de vérifier que les fabricants respectaient bien la loi. Je suis trop perfectionniste ! »

André appartient à la catégorie des « perfect addict ». Sa croyance ? « Les autres attendent la perfection de moi. »

Spirale infernale. Selon Xavier Cornette de Saint-Cyr (lire aussi l’encadré ci-dessous), André appartient à la catégorie des « perfect addict ». Sa croyance ? « Les autres attendent la perfection de moi. » Se mettant la pression tout seul, il en a trop fait, a répondu à des questions qu’on ne lui posait pas. Un classique dans les métiers qui exigent de la minutie (juriste, auditeur…). « Pour moi, c’est normal tous ces tableaux. Comme expert, je dois avoir une vision globale, et pouvoir justifier de tous les points rencontrés. Mais j’ai senti que j’entrais dans une spirale infernale. » Pour la briser, André s’est offert les services d’un coach. « J’ai alors réalisé que je devais d’abord comprendre ce que voulait l’autre ! » Et que désirait, en l’occurrence, son patron ? Une synthèse plus qu’une thèse !

Prendre du recul. André a ainsi réexaminé les succès de sa carrière sans se dire « j’aurais pu faire mieux ». Il a également travaillé sur sa vie privée, là où il a prise, afin de décortiquer son fonctionnement. Débutant en golf, il s’est aussi aperçu qu’il s’usait les bras à vouloir atteindre le niveau des meilleurs. Le plaisir n’y était plus ! Il s’est donc fixé des paliers de réussite. Dans son métier, il s’est recentré sur ses objectifs et a appris à se poser les questions capitales : est-ce utile pour mon environnement ? Pour moi ? Quel enjeu sur ma santé ? Quelle urgence ? Est-ce réalisable autrement ? Depuis, il a changé. Il organise son temps avec des pauses « plaisir », se permet de dire non et en donne moins. Sa hié­rarchie s’en satis­fait et, finalement, lui aussi.

 

 

Se libérer du regard de l’autre

 

Le décryptage du coach Xavier Cornette de Saint-Cyr (1) pour dépasser son obsession du toujours mieux.

Gare au point de bascule. Dépenser 80 % d’énergie pour 20 % de résultats et non pas l’inverse, c’est s’entêter. Soit passer plus de temps à faire de la procédure qu’à produire. Je distingue trois sortes de perfectionnisme toxique : premièrement, celui pour soi : « je vois tout ce que je ne fais pas pour être parfait », deuxièmement, celui exigé par les autres : « je pinaille, n’acceptant pas leurs défauts », troisièmement, celui « prescrit socialement », tel André, dépendant des intentions qu’il prête aux autres et envisageant tous les cas de figure.

Viser un idéal réalisable. C’est le ressort du perfectionnisme sain, qui motive. Si vous visez la ­perfection en soi, vous n’y arriverez jamais, il y a toujours un mieux possible. Quel sens donnez-vous à cette action ? Que voulez-vous obtenir de concret ? À partir de là, dosez vos efforts : passer cinq minutes et non plus cinq heures sur un reporting, différer ou déléguer une tâche… Et relativisez. Pensez qu’un jour, tout ce travail ira de toute façon aux oubliettes !

Rester bienveillant avec soi. Il faut s’accepter avec ses limites, avec l’idée de la faille. Pas la peine de se culpabiliser, de souffrir, de se sentir nul. Ce n’est pas un drame si un résultat est passable. Est-il si raté que ça ? En outre, vous êtes excellent dans un autre domaine et avez sûrement réussi autre chose ce jour-là. Enfin, ne minimisez pas les compliments d’autrui.

(1) Auteur de « Je suis perfectionniste mais je me soigne », éd. Jouvence, à paraître en février 2008.

Marie-Madeleine Sève

Janvier 2008

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