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« On ne sait pas quoi faire avec moi ; je ne suis plus dans le coup »

Après s’être occupée de ses enfants pendant dix ans, à 43 ans, Maryse Tordjman veut retravailler. Pas si simple ! Les portes se ferment l’une après l’autre, et ses démarches prennent rapidement des allures de parcours du combattant. Analyse et conseils de Valérie Moreau, coordinatrice de l’antenne parisienne de Retravailler.

La situation. En 1996, Maryse Tordjman, agent de back-office dans un établissement bancaire depuis dix ans, doit s’arrêter de travailler pour s’occuper de l’un de ses trois enfants qui souffre de problèmes de santé. Ces derniers devenus autonomes, elle décide de reprendre une activité pour ne plus « être envisagée uniquement comme femme au foyer ». Mais lorsqu’elle s’inscrit alors à l’ANPE, il y a six mois, elle déchante vite. « Au cours d’un premier entretien, le conseiller m’a dit que l’ANPE ne ferait pas d’efforts pour m’aider car je ne suis pas une cible prioritaire. Il fallait donc que je me débrouille seule. » Elle se tourne vers l’intérim où elle se présente auprès de différentes agences. Sans succès. On ne lui propose aucune mission. À 43 ans, Maryse Tordjman est désemparée. « On ne sait pas quoi faire avec moi ; je me sens exclue. Malgré mon BTS en comptabilité, les agences intérim me disent que je ne suis plus dans le coup et que mon âge pose problème. » Maryse hésite entre deux options : reprendre des activités comptables ou construire un nouveau projet. Déboussolée, elle ne sait pas comment appréhender le problème : « Je veux à tout prix retravailler et je suis prête à suivre une formation si nécessaire. Mais j’ai besoin d’un sérieux coup de pouce. »

Reprendre confiance. « Après une longue interruption, nombre de femmes ont besoin de reconnaissance sociale et d’épanouissement en dehors du rôle de mère et d’épouse », souligne Valérie Moreau. Le problème ? La période pendant laquelle elles n’ont pas travaillé est souvent vécue comme une véritable rupture. Elles se sentent à l’écart, sinon exclues, du marché du travail. Elles estiment leurs compétences obsolètes ou inadaptées. Leur méconnaissance de la vie socioéconomique, la peur et la culpabilité sont autant de difficultés qu’elles doivent surmonter pour reprendre une activité professionnelle.

S’inscrire à l’ANPE est la première démarche à faire. Même « s’il faut s’accrocher car on n’est pas attendue et des résistances de la part du conseiller peuvent se faire sentir. Sans forcément ouvrir de droits en termes de rémunération, cela permet de bénéficier des mesures pour l’emploi et de financements bien utiles dans certains cas, tels que la formation ou les coûts de déplacement. »

Faire un bilan pour se préparer. « La principale difficulté rencontrée par Maryse est qu’elle n’arrive plus à juger de ses capacités. Elle ne parvient pas à prendre en compte les compétences mobilisées dans le cadre d’expériences professionnelles antérieures, extraprofessionnelles ou familiales, analyse Valérie Moreau. Ce cas est courant. » Son conseil : « Un bilan l’aidera à faire un choix et à élaborer le plan d’action adapté, en fonction du projet qui se dessinera. Il permettra notamment d’estimer si une formation est nécessaire afin de mettre à jour ses connaissances administratives et comptables et décrocher un emploi dans le milieu professionnel où elle évoluait initialement, ou éventuellement construire un nouveau projet. » Il existe des suivis individuels et des sessions collectives. Dans le cas de Maryse, une session de groupe serait préférable car elle apportera la dynamique de travail indispensable et facilitera la reprise de confiance en soi. Pour en bénéficier, elle doit pour cela se rapprocher des lieux d’information, des structures d’aide à l’insertion. Souvent confrontées à une forte dévalorisation identitaire, les femmes ont tendance à se replier sur elles-mêmes. Il faut multiplier les rencontres : associations, réseaux de femmes, professionnels... Mais attention, la famille n’est pas toujours le meilleur interlocuteur. Comme l’organisation familiale devra changer, cela peut déstabiliser l’entourage.

Élargir ses choix professionnels. Les femmes, plus que les hommes, ont une représentation stéréotypée des métiers qui conditionne leur projet. Conséquences : elles concentrent leur choix sur des secteurs connus d’elles mais peu porteurs : la petite enfance, le secteur de l’entretien… « Maryse a besoin d’être bien informée sur les secteurs, les postes, les conditions d’accès, les spécificités de son bassin d’emploi, pour élargir le champ de ses possibilités. Actuellement, par exemple, nombre de secteurs recrutent : transport et logistique, équipement et agencement dans le bâtiment, maintenance (informatique, électrique, électronique, industrielle), tourisme, hôtellerie, restauration, aide à la personne, espaces verts… Elle pourra ainsi se diriger vers un métier auquel elle n’avait pas pensé », insiste Valérie Moreau. Un travail sur les représentations professionnelles s’impose donc comme un passage obligé. « Des prestations sont construites sur la promotion de la place des femmes dans le monde du travail », explique Valérie Moreau. Renseignez-vous auprès de l’ANPE ou de l’Assedic. Et n’hésitez pas à solliciter le conseil régional afin de connaître les dispositions particulières de votre région.

Yves Deloison

Mars 2006

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