Formation en langues : un marché en pleine mutation

Il y a quelques mois, une étude alertait sur les bouleversements qu’allait connaître le marché des formations en langues (1). Comment les organismes s’organisent-ils pour résister à la tempête annoncée et répondre à la demande des entreprises ? À l’occasion du salon Expolangues, organisé par l’Etudiant, du 3 au 6 février à Paris, nous avons enquêté sur les stratégies des prestataires.

Le marché des formations en langues est entré dans une zone de turbulence. « La demande des entreprises évolue : la plupart d’entre elles cherchent à diminuer leurs budgets consacrés à ces actions et à proposer à leurs collaborateurs des formules plus flexibles que les cours en face à face pour leur permettre de jongler avec leur emploi du temps », décrypte Andrew Wickham, consultant, auteur de étude (1).

Cette double exigence a favorisé le développement de formules mixtes associant cours en ligne et par téléphone. Si le e-learning permet de déployer les formations auprès d’un plus grand nombre, les cours par téléphone répondent à la flexibilité demandée par les donneurs d’ordre. Ces préoccupations ont été bien intégrées par Telelangue. Avec un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros, l’organisme s’est positionné depuis quelques années sur ces formules mixtes. Et pour garder une longueur d’avance, il a investi l’an passé 2 millions d’euros dans le développement de sa plate-forme. En plus des cours d’anglais généraux, ont été mis en ligne des modules spécifiques correspondant à 218 formations métiers qui se déclinent dans 15 secteurs d’activité et en quatre niveaux de compétences. Parallèlement, des classes « virtuelles » qui autorisent les salariés à participer via vidéoconférence à un cours en direct et à poser leurs questions à l’enseignant, ont vu le jour.

Proposer une offre globale

Auralog (entre 18 et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires) lui emboîte aujourd’hui le pas et passe à l’offensive. L’éditeur de la méthode Tell me more vient de compléter son offre de cours en ligne par des cours par téléphone, explique Thierry Cuirot, directeur marketing. « Il y a des compétences, notamment le développement de sa capacité à s’exprimer à l’oral, que l’on ne peut pas améliorer sur son ordinateur. Aujourd’hui les entreprises nous demandent de plus en plus des solutions reposant sur des cours en ligne et un accompagnement à distance »

Si les formules mixtes commencent à faire école, peu d’acteurs ont aujourd’hui la taille critique pour réaliser, à l’instar de ces deux prestataires, les investissements nécessaires pour développer ces offres globales. Sauf à bénéficier de l’appui d’investisseurs extérieurs : Gofluent (7 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui propose depuis 2 000 des cours en anglais uniquement par téléphone vient ainsi de voir l’opérateur téléphonique japonais NTT communications entrer à hauteur de 30 % dans son capital. Un investissement qui va lui ouvrir les portes du marché asiatique et lui permettre de rentabiliser les investissements effectués pour se positionner sur le marché des formations mixtes. Il propose depuis le 1er janvier dernier une plateforme de formation en e-learning. Pour se différencier des cours proposés par leurs concurrents, chaque jour, des dépêches d’agence et des vidéos en anglais fournies par l’AFP, dans le cadre d’un partenariat sont ainsi mises en ligne sur le site de Gofluent pour leurs clients. Une base de travail pour améliorer son niveau en langues : « Nous proposons aussi des fiches pour travailler la grammaire et acquérir du nouveau vocabulaire en relation avec les articles et les vidéos », explique le directeur général, Guillaume de Menthon.

Partenariat et proximité

Face à ces évolutions, les organismes ‘’ traditionnels ‘’ qui réalisent essentiellement des cours en salle vont devoir eux aussi faire évoluer leur offre. « On observe d’ailleurs un rapprochement entre les éditeurs de logiciels et les écoles de langues traditionnelles », relève Andrew Wickham. Si Telelangue continue de faire cavalier seul, ce n’est pas la démarche de ses concurrents directs. Gofluent vient ainsi de signer un accord avec Vocable permettant à ce dernier d’utiliser sa plate-forme e-learning. Sur ce terrain, Auralog a déjà pris les devants en s’associant à de nombreuses écoles de langues. Un partenariat a par exemple été signé avec Linguaphone (4,4 millions d’euros de chiffre d’affaires). « Nous sommes pragmatiques. Cet accord nous permet notamment de pouvoir répondre à des appels d’offre, résume Sana Ronda, présidente de Linguaphone. Nous pouvons ainsi proposer des modules en e-learning qui complètent notre offre en face à face. Cette orientation répond aux besoins de certains de nos clients et nous permet d’anticiper les nouvelles tendances qui se dessinent même si pour le moment la demande de cours traditionnels reste encore importante : le face à face représente encore 80 % du marché. »
Pour pouvoir répondre à des appels d’offres nationaux, Linguaphone, basé en région parisienne et à Dijon s’associe également à d’autres prestataires installés en région. « Jouer la carte de la proximité reste primordial », renchérit Sana Ronda. Ces réseaux constituent un premier rapprochement, prélude à une concentration du marché qui pourrait faciliter la tâche des responsables formation : plus de la moitié d’entre eux avouent avoir des difficultés à choisir leurs fournisseurs parmi les quelque 280 organismes répertoriés selon l’étude de Linguaid.

Pragmatisme

Autre tendance : le développement de cours « pratiques » permettant aux stagiaires d’utiliser leurs connaissances en anglais en situation. Une orientation prise par Berlitz : à côté des cours traditionnels en face à face, l’organisme a également développé des modules sur des enseignements pratiques : conduire de réunion, rédiger un courrier. Et vient de lancer des séminaires de formation sur les aspects interculturels ou sur le management de la diversité dans l’entreprise. Une façon d’être moins tributaire des mutations en cours sur un marché des formations linguistiques en pleine mutation…

 

(1) Le marché de la formation professionnelle linguistique, Linguaid, Andrew Wickham, Joss Frimond, mars 2008. (Étude réalisée avec le soutien de la FFP (Fédération de la formation professionnelle).

 

Plus d’infos sur le salon Expolangues.

Laurence Estival

Janvier 2010

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