Sans anticiper de chute brutale de leur chiffre d’affaires en 2009, les prestataires formation doivent toutefois s’adapter à un marché de plus en plus mouvant et exigeant. Offre spécialisée, parcours individualisés mais aussi partenariats avec le public font partie des tendances observées par la Fédération de la formation professionnelle (FFP) dans son étude annuelle*.
La crise épargnerait-elle le secteur de la formation ? Peut-être pas pour les formateurs indépendants. En revanche, les 400 organismes de formation adhérents de la Fédération de la formation professionnelle (FFP) affichent un relatif optimisme, selon la dernière étude de l’Observatoire économique de la fédération. Même si la croissance de leur activité a nettement fléchi entre 2007 et 2008 (de 11,4 à 7,1 %), leur chiffre d’affaires est resté globalement stable (de 1,153 milliard d’euros en 2007 à 1,235 en 2008). « Deux années exceptionnellement bonnes, dues notamment à la réforme de la formation de 2004 et au DIF », analyse Jean-François de Zitter, Vice-président de la FFP.
En 2008, le DIF a représenté 6,3 % de l’activité des organismes de formation, et devrait grimper à 9,3 % en 2009 d’après l’étude. Fort de ces bons résultats, les adhérents de la fédération garde le moral pour 2009 : globalement, leur chiffre d’affaires resterait stable par rapport à 2008, même s’ils anticipent un recul massif (2 %) de la croissance de leur activité. « On aurait pu s’attendre à des prévisions plus pessimistes » commente Jean-François de Zitter.
Des chiffres à prendre avec prudence, le sondage ayant été réalisé en novembre 2008, juste avant la montée en force d’une crise économique dont personne ne peut évaluer avec justesse l’impact sur la politique RH des entreprises.
Emergence des marchés de niche
Au-delà des grands thèmes classiques (formations générales/insertion, linguistiques ou spécifiques aux métiers), la tendance aux marchés de niche - déjà observée l’an passé - se confirme : des sujets plus spécialisés, comme le marketing commercial, la finance, l’informatique ou la logistique) ont représenté la moitié de l’activité des organismes de formation en 2008. Les plus fortes progressions ? Toujours les formations en management (9 % de l’activité des prestataires, en hausse de quatre points), mais aussi l’accompagnement de projets professionnels comme le coaching (6 %), « qui marquent l’émergence de marchés non négligeables », remarque le Vice-président de la FFP. Si la répartition entre stages « inter » et « intra » entreprise demeure stable, les grands organismes (plus de 10 millions de CA), capables d’élargir leur gamme de formations, tirent mieux leur épingle du jeu sur le marché en général. Ils affichent 74 % de stages interentreprises en 2008, contre seulement 40 % pour les prestataires pesant entre 3 et 10 millions d’euros.
Partenariat avec le publicAutre tendance émergente : l’alliance des organismes de formation privés avec le secteur public : 26 % d’entre eux ont noué des partenariats avec des établissements publics ou parapublics (Pôle emploi notamment) en 2008, dont 30 % avec des universités et le CNAM. Un phénomène sans doute lié à la demande croissante des entreprises de financer des formations certifiantes ou diplômantes pour leurs salariés : 58 % d’entre elles ont demandé de telles garanties aux prestataires de la FFP l’année dernière. Jean-François de Zitter y voit là «la volonté d’un gage d’employabilité, désormais bien partagé à la fois par les salariés et les entreprises ». Un marché qui va dans le bon sens selon lui, «les organismes privés pouvant apporter une réactivité pour concevoir des modules de formation que n’ont pas les universités par exemple ».Individualisation des parcoursAutre demande toujours constante dont les organismes devront tenir compte : l’individualisation des parcours de formation. Une exigence pour 74 % des entreprises, désireuses d’optimiser l’efficacité des formations sur fond de réduction budgétaire. Et sur ce point, beaucoup reste à faire : « la plupart des organismes de formation n’ont pas les moyens d’investir en salaires ni en achat de programmes de e-learning pour diagnostiquer précisément les besoins en formation individuels », reconnaît le Vice-président de la FFP. Qui paiera l’addition pour de tels besoins, surtout en direction des demandeurs d’emploi qui pèsent un tiers de la commande des adhérents de la Fédération ? Une question d’actualité, alors que le futur ANI insiste sur cette notion de formation individualisée pour remettre en selle certains demandeurs d’emploi.
*11e Observatoire économique de la Fédération de la formation professionnelle. Janvier 2009.
Lydie Colders
Janvier 2009