Rapport Marx : lier la formation des chômeurs à l’emploi

Pointant les insuffisances de la formation des demandeurs d’emploi notamment en période de crise, le rapport Marx (*) conseille globalement de mieux l’articuler avec le marché de l’emploi pour « sécuriser les parcours ». Une démarche qui passe par une meilleure analyse des besoins et une coordination plus efficace des différents partenaires (Pôle emploi, Régions, partenaires sociaux…).La synthèse et le rapport.

« Identifier plus précisément les enjeux et les freins au développement de la formation des demandeurs d’emploi (…) et faciliter les parcours de formation pour les bénéficiaires ». Telle était la mission confiée par Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’emploi, au groupe de travail présidé par Jean-Marie Marx, directeur général d'Agefaforia et ancien directeur général adjoint de l'ANPE. Résultat : 18 propositions, qui doivent alimenter travaux de la cellule de pilotage du Fiso (Fonds d'investissement social).


Des places en formation non pourvues
. Si les achats de formation des Régions et de Pôle emploi sont considérés comme « en général opérationnels », le rapport met l’accent sur « les marchés (qui) ne sont pas tous exécutés en totalité et les places en formation mises à disposition (qui) ne sont pas toutes satisfaites. » Deux raisons principales : les insuffisances du système d’orientation des demandeurs d’emploi et le manque d’attractivité des secteurs concernés, pourtant « en tension ». De plus, l’inadaptation au contexte de la crise est montrée du doigt : « les politiques d’achat sont encore marquées par la période d’avant crise tant pour ce qui concerne les volumes d’achat que le contenu des formations. » Parmi les préconisations : « prévoir des politiques glissantes d’achat mieux articulées à l’évolution de la situation économique et aux besoins des demandeurs d’emploi ».

Des dispositifs pas assez utilisés. Tandis que les actions de reconversions mises en œuvre et financées par les OPCA – Contrat de transition professionnelle (CTP) et Convention de reclassement personnalisée (CRP) – pourraient bénéficier à environ 30 000 personnes, on ne compte que « quelques milliers de bénéficiaires  en 2009 ». Un hiatus qui s’explique d’abord par un partenariat « encore en phase de développement » entre les Opca, Pôle emploi, les entreprises et les organismes de formation. Malgré des mesures incitatives, les contrats en alternance ont également connu une baisse en 2009. Parmi les préconisations, le groupe de travail conseille de favoriser les entrées « hors rentrée scolaire », en proposant notamment aux bénéficiaires de préparer des « CQP » (Certificat de qualification professionnelle), non dépendants du calendrier de l’Education Nationale…Cependant l’impact des « développeurs » chargés de promouvoir les formations en alternance mis en place en 2009 et financés par le FUP (Fonds unique de péréquation), sera significatif sur la campagne de recrutement du contrat de professionnalisation en 2010. »

Faire confiance aux demandeurs d’emploi dans leurs projets. « Beaucoup de demandeurs d’emploi sont actifs dans leur recherche et directement porteurs de projets de retour à l’emploi et à la formation ». Contraints de s’inscrire dans un cadre pré-établi de formations déjà achetées, leur projet ne correspond pas « nécessairement ». Le rapport préconise la possibilité de présenter un projet individuel de formation au conseiller de Pôle emploi, « pouvant faire l’objet d’un financement s’il correspond à une réelle opportunité d’emploi et de formation ». Pour renforcer leurs missions d’orientation, une « professionnalisation des conseillers Pôle Emploi » est d’autre part préconisée.

Une plus grande transparence. En règle générale, le rapport insiste largement sur la nécessité de renforcer l’accès à l’information des demandeurs d’emploi et des prescripteurs, notamment par la mise à disposition d’une information sur les stages grâce à un extranet, et de renforcer pour ce faire les partenariats, « dans une logique autre que de gestion financière », notamment entre les OPCA et Pôle emploi. La pauvreté des statistiques et données concernant la formation des demandeurs d’emploi, notamment sur leur évaluation, est une nouvelle fois largement pointée du doigt. Preuve que cette articulation emploi/formation a encore du chemin à parcourir…

Parmi ses conclusions, le groupe de travail préconise enfin de rompre avec « la période précédente, quasi exclusivement centrée sur l’accès rapide à l’emploi. » Excluant parfois la remise à plat des demandeurs et éventuellement leur formation… Une remise en question d’un système ou efficacité rime parfois avec précipitation…


* Ce groupe de travail réunissait des représentants des OPCA, de Pôle emploi, de l’association des régions de France, des administrations concernées, de la Fédération de la formation professionnelle et de l’AFPA.

Dominique Perez

Février 2010

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