Comprendre son environnement, utiliser les nouveaux médias, mieux maîtriser les risques. Tel est le trio gagnant des thèmes émergeant des catalogues des organismes de formation en 2012. Autre tendance : des programmes de management de plus en plus pointus pour s’adapter à la demande d’employeurs en quête d’une plus grande efficacité.
À l’heure des grands chambardements planétaires, donner aux cadres des clés de compréhension pour mieux appréhender des territoires en évolution et l’environnement global est devenu une priorité pour de nombreux organismes. Le “Printemps arabe” et ses conséquences pour les acteurs économiques n’ont par exemple pas échappé à Sciences po… L’établissement a concocté de nouveaux stages d’une journée dédiés à cette zone géographique. “Développer ses activités sur les marchés arabes” et “Approche du marché égyptien” mêlent géopolitique et conseils pratiques pour identifier les sources de business, les interlocuteurs et les réseaux incontournables pour démarrer et faire fructifier ses activités. Dans la même veine, un programme d’une journée sur “Capitalisme asiatique et affaires : oppositions et différences avec l’Occident” vient compléter les modules consacrés à Singapour et à l’Asie du Sud-Est ou au marché chinois, qui en sont les déclinaisons pratiques.
Globalisation et… philosophie
Grenoble École de management a également introduit un cours de géopolitique dans son MBA et l’IAE (institut d’administration des entreprises) de Lyon va lancer une série de “séminaires internationaux” d’une durée de deux jours. “Nous profitons de la présence d’enseignants étrangers sur notre campus pour organiser des conférences sur des thèmes aussi divers que la responsabilité sociale des entreprises ou la crise financière et la régulation bancaire. Notre objectif est de montrer comment ces sujets sont abordés dans les différentes régions du monde”, souligne Corinne Forgues, responsable de la formation continue. L’IFG-CNOF a choisi, quant à lui, d’introduire de nouveaux modules sur la gouvernance financière mondiale ou sur les agences de notation dans son master en finance, dispensé en partenariat avec l’université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense.
Réflexion et échanges de bonnes pratiques. Dans ce monde qui évolue à toute allure, l’ESCP Europe a convoqué les philosophes à la rescousse des dirigeants pour les aider à aborder les incertitudes avec sérénité. “L’idée est de faire dialoguer un patron partant d’une problématique liée à son activité et un penseur sur des sujets comme l’éthique, l’engagement, la responsabilité, pour n’en citer que quelques-uns. Au terme de cet échange, les participants à cette conférence sont invités à donner, eux aussi, leur point de vue”, mentionne Gilles Gouteux, directeur business development, qui s’inspire pour ce nouveau programme d’une initiative mise en place l’année dernière à la Solvay Brussels School de Bruxelles. Un cycle de neuf conférences devrait ainsi être proposé par l’ESCP Europe, qui peaufine sa liste d’intervenants, dont certains s’étaient déjà prêtés à l’exercice à l’école de management belge, à l’instar du sinologue François Julien.
Travail collaboratif. À EFE, ce dialogue entre pairs, mais cette fois-ci sans philosophe, est également à l’affiche. L’organisme lance ainsi les “happy hours du management”. Au cours de sept soirées et pendant trois heures, le travail collaboratif et l’échange de bonnes pratiques seront au rendez-vous pour aider les cadres de différents secteurs d’activité à développer de nouvelles approches, en s’appuyant sur les conseils des autres participants enfilant pour l’occasion les habits de coach. Le tout sous la houlette d’un formateur, véritable animateur de communautés.
Les nouveaux médias, entrent vraiment dans les programmes
Des communautés réelles aux communautés virtuelles, il n’y a qu’un pas que franchissent de nombreux prestataires, qui renforcent leurs offres autour de l’utilisation des nouveaux médias. Chez IGS Formation continue, l’accent est mis sur l’animation d’un réseau collaboratif. Chez Demos, les stages “Les réseaux sociaux faciles : dix bonnes idées à utiliser au quotidien” ou “Communication on-line” partent à la conquête du public. Chez EFE, les salariés sont invités à “créer une “fan page” Facebook efficace” ou “créer un compte Twitter”.
Numérique et réseaux sociaux. Cegos n’est pas en reste : un programme de quatre jours pour les community managers fait son apparition. L’organisme lance aussi des modules sur le “digital publishing” ou “l’utilisation des tablettes en entreprise”. “L’approche de ces nouveaux outils a aujourd’hui changé : nous ne sommes plus, comme il y a encore quelques années, dans la présentation des potentialités de ces instruments, mais dans leur application concrète, et qui concernent dorénavant, en plus de la communication, toutes les fonctions de l’entreprise. En témoignent notamment le recrutement via les réseaux sociaux ou le management de projet de e-business”, rappelle Guillaume Huot, directeur commercial de Cegos.
Maîtriser les risques, une préoccupation grandissante
Dans un monde où l’usage des outils numériques accélère les transformations, les programmes centrés sur la maîtrise des risques figurent eux aussi en bonne place dans les nouveaux catalogues. Un thème conjugué à tous les modes et à tous les temps.
Psychosociaux… Les risques psychosociaux tiennent le haut du pavé dans des modules de deux jours créés chez Demos ou Cegos. À CSP Formation, c’est une approche décalée qui a été retenue : un nouveau stage se propose de dédramatiser ce sujet en le traitant via une approche théâtrale. Mais, en la matière, c’est l’IAE de Lyon qui propose la formation la plus complète : un diplôme universitaire en “management de la qualité de vie au travail & santé” comportant 22 séances, réparties sur un an, a débuté début 2012. Au programme, une révision de la réglementation, mais aussi une présentation de nombreux cas pratiques, ainsi que des bonnes pratiques mises en place dans les entreprises au cours de ces dernières années.
… financiers… La question de la maîtrise des risques est aussi au centre des préoccupations du monde de la finance. À son attention, Cegos développe un nouveau module ad hoc de deux jours intitulé “maîtriser le risque financier à l’international”. Chez Demos, 15 nouveaux modules sur ces thématiques et sur le contrôle interne viennent enrichir le catalogue 2012.
… et industriels. De leur côté, les écoles d’ingénieurs renforcent leur offre sur la maîtrise des risques industriels. Le projet le plus innovant vient de voir le jour à l’École des mines d’Alès, où un institut des sciences des risques (en formation initiale et continue) vient d’être créé. Les travaux conduits par les chercheurs vont alimenter des programmes pointus destinés aux ingénieurs. Cerise sur le gâteau : les participants vont aussi avoir la possibilité de se former en utilisant un simulateur. Le but ? “Mesurer instantanément les conséquences des décisions”, révèle Gilles Dusserre, le responsable de cet institut.
Des formations de plus en plus pointues
Autre grande tendance : la déclinaison des formations au management en fonction des différents secteurs d’activité. “Le temps des formations généralistes est révolu car les entreprises n’ont pas seulement besoin de cadres maîtrisant la conduite d’équipes ou de projets, mais de professionnels capables d’appliquer ces connaissances en fonction du contexte dans lequel ils évoluent”, remarque Vincent Cohas, directeur général adjoint du CESI. Et l’organisme de concrétiser son idée en lançant dès cette rentrée un mastère spécialisé “transports et construction ferroviaires” afin de répondre aux besoins de compétences des entreprises du secteur dans le domaine de la conception ou du déploiement de grands projets.
Une adaptation aux secteurs… Le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) s’adresse, pour sa part, aux professionnels de la logistique auxquels un nouveau programme de niveau bac + 5 “Devenir manager de la chaîne logistique” est proposé à Paris, Angers, Montpellier et Toulouse. Grenoble École de management est sur la même ligne : surfant sur la demande des entreprises en quête de formations au management de la technologie adaptées à leur propre secteur, l’établissement va proposer des modules centrés sur les biotechnologies, les nanotechnologies ou les énergies renouvelables.
… encore plus opérationnelles. À l’EM Lyon, les formations au management s’adaptent aux différentes fonctions de l’entreprise. Dès cette année, les commerciaux, les acheteurs et les cadres des ressources humaines vont pouvoir consacrer un dernier tiers du “programme de management général” à réfléchir concrètement à la manière dont ils vont pouvoir appliquer au quotidien les fondamentaux acquis au cours de la première partie de la formation. “Cette approche correspond à une attente de nos clients qui souhaitent rendre les formations encore plus opérationnelles”, observe Chantal Poty, responsable de l’activité formation continue. “Dans le secteur des achats par exemple, ils pourront s’interroger sur la manière de manager une relation client, quand, en ressources humaines, ils plancheront sur la performance sociale.”
La rentabilité d’abord
“Cette logique de spécialisation devrait s’accentuer dans un contexte de maîtrise des coûts et des budgets formation. Partout nos clients sont confrontés à la nécessité de faire plus avec moins de moyens, note Thierry Le Metayer, directeur commercial de Demos. L’époque où les entreprises considéraient la formation comme un moyen de récompenser leurs collaborateurs est terminée. La recherche d’un retour sur investissement est aujourd’hui la règle.” Un nouveau paradigme que les organismes ont dans leur majorité intégré, les formations originales ou décalées en vogue encore il y a quelques années ayant aujourd’hui quasiment disparu du paysage…
Le e-learning acquiert ses lettres de noblesse
Si les modules à distance associés à des formations en salle ont aujourd’hui le vent en poupe, le tout en ligne s’impose de plus en plus dans les programmes.
En témoigne notamment le lancement des nouvelles offres de Demos : “le e-learning à la carte”, où 1.500 modules, d’une durée de quarante-cinq minutes, tournés vers le développement personnel (planifier son temps, corriger ses écrits…) sont accessibles à l’unité, ou les “e-learning coachés” développés aujourd’hui pour les responsables d’équipes commerciales permettant aux participants de bénéficier de cinq heures de cours en ligne et de deux heures de coaching personnalisé.
Chez Cegos, 30 “rapid learning” d’une durée de sept heures et réalisés entièrement en ligne avec alternance de quiz, de vidéos et de e-coaching viennent enrichir le catalogue. À noter : la formation en ligne fait également une percée dans les programmes longs : l’IFG-CNOF s’est ainsi associé à l’université Paris-Dauphine pour créer un executive master orienté “stratégie et conduite du changement”, qui se déroulera quasi exclusivement en ligne. En effet, seule une semaine de regroupement est prévue.
Laurence Estival
Janvier 2012