Composée d’un tissu dense de PME et TPE, aux activités diversifiées, du décolletage dans la Vallée de l’Arve au tourisme alpin en passant par la restauration ou l’informatique, la région Rhône-Alpes n’est pourtant pas épargnée par les turbulences actuelles, loin s’en faut. En dehors de quelques secteurs, comme la pharmacie ou certains métiers de l’informatique, « Rhône-Alpes a été durement touchée, confirme Bernadette Laclais, vice-présidente du conseil régional, déléguée aux formations professionnelles. La part des emplois industriels y est importante. La crise économique et financière fragilise fortement les TPE et PME. » Alors, pour faire face à la dépression ambiante, des moyens de « résistance » s’organisent.
« Certaines entreprises se sont trouvées confrontées brutalement à la crise et, contrairement à beaucoup d’autres, se sont dit qu’il fallait travailler sur la relation commerciale pour diversifier les clients. Elles sont passées par une phase difficile, en général autour de février/mars et cela semble extrêmement payant aujourd’hui », a constaté par exemple Jean-François Boyer, Directeur de la formation de la CRCI (chambre régionale de commerce et d’industrie).
Les RH revisitées. Derrière un carnet de commandes qui se vide, les conséquences humaines se profilent vite. Renforcées au printemps dernier, des initiatives, souvent menées en partenariat, fleurissent pour aider les entreprises à éviter chômage partiel et licenciements et à sécuriser au maximum les parcours de salariés en danger ou des demandeurs d’emploi. En particulier les plus fragiles… Parmi d’autres initiatives, la CRCI a par exemple initié une action spécifique sur les seniors. « On a un peu tendance, quand les choses vont mal, à se séparer d’abord d’eux, constate Jean-François Boyer. La CRCI coordonne une action menée par les CCI de Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Chambéry et Bourg-en Bresse auprès des entreprises, basée sur un dispositif un peu à contre courant. Il s’agit d’une analyse de leurs ressources humaines, avec un focus particulier sur les seniors et sur les évolutions ou les missions qui peuvent leur être confiées dans la dernière partie de leur carrière, cohérentes avec la lutte contre la crise. Grâce à la mobilisation de financements de l’État, elles peuvent mettre en place à prix raisonnable une mesure qui permet au passage de se mettre en conformité avec la réglementation prévue en 2010 sur les seniors. »
Le conseil régional a, lui, créé un outil spécifique, le CARED (contrat d’aide et de retour à l’emploi durable), à destination des « demandeurs d’emploi qui éprouvent des difficultés à s’insérer dans la vie professionnelle du fait d’un manque d’expérience ou de qualification, d’un handicap ou d’une discrimination de toute nature ». « Ce dispositif permet de pourvoir les emplois disponibles, par une mesure de formation adaptée, il s’agit pour nous de faire du « sur mesure » », précise Bernadette Laclais. (lire aussi : « Nous avons bâti un vrai projet collectif avec le conseil régional et Pôle emploi » (Claude Deffaugt, Directeur du parc Vitam)
La crise « favorable » à la formation ? Le rôle des prescripteurs et conseillers en formation devient alors prépondérant. Eux qui devaient parfois forcer la porte des entreprises la trouvent aujourd’hui bien souvent ouverte : « La formation va bien actuellement, constate Dominique Douvre, responsable apprentissage/emploi de la Chambre de commerce de Lyon. Les entreprises l’utilisent comme un élément d’ajustement, se disant qu’il est préférable de former ses salariés plutôt que de les licencier, et nous les y incitons. » Même constat côté OPCA. 40 conseillers de l’Agefos-PME Rhône-Alpes, qui relaie le « plan d’action anti-crise » mis en place au niveau national, visitent 1000 entreprises par mois, depuis cinq mois, pour leur tailler des préconisations « sur-mesure ». « Cela nous permet d’avoir un panorama des situations économiques, sur chaque territoire, de voir comment évolue la situation des entreprises, explique Serge Géri, directeur de l’Agefos-PME Rhône-Alpes. Nous proposons ensuite, en fonction de leur problématique spécifique, des outils appropriés. Par exemple, nous mettons en place des actions collectives de formation, inter-sectorielles, sur des thèmes comme : « Comment gérer les RH en période de crise », ou « Comment innover ? ». Cela permet d’apporter des connaissances mais aussi de fédérer les entreprises. » En articulant des financements publics, le but est aussi d’organiser des formations « métiers » ou « savoirs de base » pour les salariés d’entreprises de différents secteurs, pour un coût plus bas pour l’entreprise que celui du chômage partiel. « Il est souvent difficile, en période de surchauffe économique, de les former, constate Serge Géri. Là, on a le temps de le faire. Autant se préparer à la reprise économique en formant… »
Le DIF privilégié. « Dans les entreprises qui sont confrontées à des problématiques de sous-activité, la formation sert à différer la décision de chômage partiel », constate aussi Jean-François Boyer. Nous avons notamment constaté une hausse des DIF dans les centres de formation consulaires. Les entreprises anticipent les effets de la crise sur leurs emplois certainement en favorisant le co-investissement DIF/plan de formation dans ce contexte difficile. Rappelons aussi que l’année 2010 est une échéance (nombre de salariés auront atteint leur maximum de droits). » Pour Serge Géri, les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Au 31 décembre 2007, nous avons compté 6724 contrats DIF prioritaires. Au 31 décembre 2008, 7729. Et au 31 aout 2009, 6390 avaient déjà été demandés… »
Dominique Perez
Octobre 2009