Universités : développer la formation continue en faisant cavalier seul

Afin d’augmenter leur présence sur le marché de la formation continue, certaines universités ont choisi une stratégie de développement autonome, basée sur leurs ressources internes. Analyse à travers 3 exemples : les universités Lille 1, Paris-Dauphine et UPCM (Université Pierre-et-Marie-Curie).

Retrouvez notre enquête complète “Universités et formation continue : stratégies et business models”.

1. Lille 1 : s’appuyer sur les entreprises

Avec ses 10,2 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en formation continue, en 2008, l’université Lille 1 est leader dans ce domaine. Sa recette ? Une politique offensive, menée de façon autonome en direction des entreprises qui participent au comité d’orientation stratégique du SUDES (Service universitaire de développement économique et social), une structure d’une trentaine de personnes coordonnant toutes les actions en formation continue de l’établissement. À l’écoute de ses partenaires, l’université a étudié avec eux, la manière de concilier leurs attentes de formations, directement opérationnelles, avec celles des salariés, en quête d’un diplôme dans une logique de promotion sociale ou de plus en plus de double compétence.

De ces cogitations est née une organisation souple de programmes dans lesquels les entreprises jouent un rôle majeur : les professionnels assurent, par exemple, 85 % des enseignements dans le master MLIT (management logistique et ingénierie des transports), quand ce taux est proche de 60 % dans la majorité des cursus. Ces formations diplômantes sont en outre organisées sous forme de “blocs de compétences”. “Les participants ne sont pas obligés d’attendre la rentrée universitaire pour s’inscrire aux cours, rappelle Martine Carette, directrice du SUDES. Chaque bloc étant autonome, ils peuvent prendre le programme en route et revenir l’année suivante pour suivre les modules manqués.” Autre spécificité : les salariés sont mélangés aux étudiants pour éviter d’attendre que le nombre minimum de participants soit atteint avant de commencer la formation.


2. Dauphine : conserver la maîtrise des sujets abordés et l’organisation

 

Bénéficiant d’une reconnaissance du monde de l’entreprise comme auprès des salariés, le service formation continue de Paris-Dauphine (5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2008) entend bien lui aussi garder de grandes marges de manœuvre pour poursuivre son développement. “Si nous ne refusons pas de répondre ponctuellement aux besoins des entreprises, ou de nous associer avec d’autres organismes, notre force réside surtout dans les propositions de nos enseignants qui sont tous à l’origine de nos masters en formation continue. Leurs idées sont ensuite validées avant le lancement, mais nous souhaitons garder la maîtrise des sujets traités, comme de l’organisation”, explique Sébastien Duizabo, directeur du service de formation continue.

“Notre force réside surtout dans les propositions de nos enseignants” (Paris-Dauphine)

L’université a ainsi développé des programmes pointus sur des niches, tels son master management, travail et développement social centré sur la qualité au travail créé avec l’ANACT (Agence nationale d’amélioration des conditions de travail), ou son master en négociations et relations salariales qui mêle participants venant d’entreprises et syndicalistes. Cette logique découle de l’analyse faite par l’institution : les cadres qui retournent sur les bancs de la fac viennent, certes pour acquérir un diplôme, mais encore plus pour prendre de la hauteur. C’est pourquoi les universitaires, y compris en formation continue, représentent dans la majorité des cas plus des deux tiers des intervenants dans des cursus résolument pluridisciplinaires, autre force de l’université. Dernier exemple en date : la direction du master développement durable, proposé en formation continue, a été confiée à une sociologue.

 

3. UPMC : bénéficier des compétences de pointe de ses laboratoires de recherche

 

L’université Pierre-et-Marie-Curie (4,7 millions d’euros de chiffre d’affaires) a elle aussi décidé d’aller seule à la bataille, en s’appuyant sur les compétences de pointe de ses laboratoires de recherche. “Si toutes nos formations diplômantes sont ouvertes en formation continue, nous renforçons aujourd’hui nos efforts pour proposer aux entreprises des formations pointues sur mesure que nous facturons aux coûts réels, soit entre 200 et 300 € pour une heure d’intervention d’un enseignant-chercheur”, souligne Catherine Bucherer, directrice du service. Une position offensive qui a quelque peu surpris les entreprises, peu habituées à ce type de pratiques de la part des universités…

Laurence Estival

Janvier 2011

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