Si la formation des salariés est une arme pour préparer la reprise, la situation sur le terrain est très nuancée. Même si certains employeurs profitent du ralentissement économique pour accompagner les salariés vers des postes d’encadrement ou les aider à se reconvertir.
Branle-bas dans les organismes de formation : début février, la Cegos a lancé le premier catalogue d’offres « adaptées à la crise ». « Au moment où les salariés ont davantage de temps pour se former, nous avons développé des programmes leur permettant de mieux gérer la période actuelle et de préparer la relance », explique Michèle Furster, responsable de cette nouvelle gamme. Effet marketing ? Pas seulement… Sur les 80 modules proposés, une vingtaine ont été spécialement conçus pour l’occasion : manager en temps de crise, prévenir et traiter les difficultés financières de son entreprise, tirer parti de la crise pour vendre plus… Toutes les fonctions sont concernées. D’une durée de un à trois jours, quelques programmes proposent en outre une partie en e-learning. « Les entreprises sont à la recherche de solutions pour trouver les meilleurs moyens de passer le cap », ajoute la consultante qui remarque, au-delà même de cette nouvelle offre, la bonne tenue des programmes pour les commerciaux.
Demos a lui aussi concocté sa « solution anti-crise ». Le prestataire a initié des séminaires de un à cinq jours s’articulant autour de trois grands axes : une mission de conseil chez le client, des séminaires de formation pour aider les managers à trouver de nouveau levier et repartir du bond pied, et une phase d’accompagnement dans la mise en place de cette nouvelle stratégie.
Des budgets en contraction
L’offensive menée par les deux grands organismes de formation ne doit rien au hasard. « On commence à ressentir les effets du ralentissement, nos clients serrent leur budget », insiste Caroline Maujonnet, chef de projet chez Demos. « Certaines grandes entreprises ont déjà fait des coupes de 20 % », ajoute Jacques Barry, directeur général du Cesi. Premiers concernés : les cadres dirigeants ou ceux qui aspirent à le devenir. Conséquences : les formations, type Executive MBA, ne trouvent pas toujours leur public : « Des candidats qui s’étaient tout d’abord renseignés pour suivre notre Executive MBA ont finalement renoncé, met en évidence Chantal Poty, responsable de l’offre inter-entreprise de l’EM-Lyon. Ils se réorientent vers des programmes plus courts par manque de visibilité sur leur avenir professionnel. » Les difficultés pour se faire financer ces cursus coûteux par l’entreprise expliquent aussi cette situation. Parmi les best-seller du moment : le certificat « diriger une entreprise » ou les formations en communication de crise.
Face à la baisse des investissements observés, l’Agefos-PME a tiré la sonnette d’alarme : elle vient de mobiliser 12 millions d’euros pour créer un « fond d’amorçage » destiné à accompagner ses adhérents les plus fragiles dans la formation de leurs salariés. Cette somme, dégagée à budget constant en redéfinissant les types d’actions désormais prioritaires, devrait être abondée par les conseils régionaux et pourrait ainsi atteindre 60 millions d’euros. L’une des actions phares concerne le DIF (Droit individuel à la formation). Les salariés pourraient ainsi mobiliser leurs droits pour se former et acquérir de nouvelles compétences pendant les périodes de chômage partiel afin de mettre ensuite ces connaissances en pratique au sein de leur entreprise. Ce fonds d’amorçage concerne également les PME situées dans des régions (Alsace, Rhône-Alpes…) ou des secteurs (particulièrement touchés (construction, immobilier, habillement, chaussure…). Dans tous les cas, des conseillers de l’Agefos-PME vont se rendre chez leurs adhérents concernés et étudier avec eux les meilleures solutions possibles en partenariat avec les collectivités locales.
De la mobilité interne...
Dans cette période de frilosité générale, certaines entreprises ont toutefois une attitude plus offensive. Et profitent de l’accalmie pour former leurs troupes. « Dans notre secteur, les employeurs avaient, avant la crise, à gérer des problèmes de pénurie de main-d’œuvre, mentionne Jean-André Lasserre, responsable des études de l'AFT-IFTIM (Association pour le développement de la formation transport et techniques d'implémentation et de manutention). Aujourd’hui ce n’est plus le cas mais nombre d’entre eux évitent de licencier, sachant qu’au moment de la reprise, ils auront de nouveau des difficultés à trouver les profils recherchés. Du coup, ils préfèrent utiliser la situation actuelle pour accompagner la montée en compétences de leurs salariés. »
Certains organismes collecteurs de fonds de formation, à l’image du Fafiec, enregistrent d’ailleurs la montée en puissance des demandes de financement de périodes de professionnalisation. Ce dispositif permet aux salariés de préparer un diplôme en alternant périodes d’enseignements théoriques et professionnels et activité dans l’entreprise, en lien direct avec leur prochain poste. Premiers bénéficiaires : les salariés souhaitant accéder au statut cadre. « Nous observons une bonne tenue de notre programme général de management destiné au middle management, note Chantal Poty. Certes, certains participants ont négocié le financement de ce cursus dans leurs indemnités de licenciement, mais la diminution des recrutements oblige de plus en plus d’employeurs à procéder à de la mobilité interne. »
Les formations techniques centrées sur une problématique en phase avec l’air du temps ou l’application de nouvelles normes rencontrent elles aussi un certain succès, remarque le Fafiec qui cite notamment le thème du développement durable ou la mise aux normes des bâtiments.
... À la reconversion
Chez Assystem, un bureau d’études en ingénierie, une démarche originale vient d’être mise en place : « Nos activités dans le domaine automobile accusent depuis la fin de l’année un fort ralentissement. En revanche nous manquons de compétence pour répondre à nos clients dans le secteur de l’énergie, et notamment du nucléaire », raconte Emmanuelle Clapiez, la DRH. Dans ce contexte, l’entreprise a élaboré un plan de formation permettant de faire glisser 150 collaborateurs (sur 300) d’un secteur à l’autre pour répondre à ses besoins. Des formations individualisées en fonction des écarts entre leur ancien poste et leur nouvelle affectation, d’une durée allant de trois à dix semaines, selon le cap à franchir, sont en train de leur être proposées. Les salariés sélectionnés, dont certains bénéficient de période de professionnalisation, sont également incités à utiliser leur DIF. « Dans notre secteur, toutes les sociétés sont en train de monter des dossiers de demande de financement auprès de leurs Opca. Ce qui va nous obliger à trouver de nouvelles sources de financement auprès de l’Etat ou des fonds européens », poursuit la DRH, soucieuse d’actionner toutes les manettes pour accompagner ce plan de reconversion interne.
Les organismes financeurs, comme l‘Agefos-PME, mettent d’ailleurs en garde leurs adhérents sur le risque d’attendre 2010 pour former leurs collaborateurs : compte tenu de la baisse d’activité actuelle, les financements à se partager devraient être moins importants…
Laurence Estival
Mars 2009
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