« L’Afpa n’est plus sur un marché public mais elle remplit des missions de service public » (Jean-Luc Vergne, président de l’Afpa)

Jean-Luc Vergne, président de l'Afpa

Depuis le début de l’année 2009, et la fin des subventions de l’État dont elle bénéficiait depuis sa création, l’Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) doit trouver sa place sur un marché concurrentiel. À l’occasion de ses 60 ans, Jean-Luc Vergne, son président, fait le point sur le positionnement de l’association.

L’Afpa fête cette année ses soixante ans. Quels défis doit-elle relever aujourd’hui ?

L’Afpa doit faire face à des évolutions et des mutations parmi lesquelles la décentralisation et la mise en concurrence. Or, elle n’a pas de fonds propres. Son seul capital, ce sont ses 11 500 salariés qui font de l’ingénierie pédagogique et de formation. Son savoir-faire est de former des publics sensibles ou en difficulté (demandeurs d’emploi, public pas ou peu qualifié, détenus, handicapés…), elle propose essentiellement des formations de niveau V (CAP, BEP) à niveau II (bac).

Aujourd’hui, l’Afpa se mobilise pour répondre aux besoins en compétences des territoires, des secteurs professionnels, des entreprises et des individus pour faire face à la crise.

 

Comment définissez-vous ces besoins ?

Notre offre s’articule autour de quatre axes majeurs. Soutenir les secteurs et/ou métiers porteurs (développement durable, éco industrie, services à la personne et aux entreprises, informatique, fibre optique), en proposant des stages qui vont de quelques semaines à quelques mois. Qualifier des jeunes sortant du système éducatif initial pour leur permettre d’accéder aux emplois qui recrutent en développant des solutions professionnalisantes, par l’alternance par exemple. Utiliser les périodes de chômage partiel pour former les collaborateurs, pour les aider à améliorer leurs compétences actuelles ou les préparer à une reconversion professionnelle. Les entreprises sont prêtes en ces périodes de faible activité à former pour éviter de licencier. Enfin assurer le transfert de compétences de salariés d’un secteur à l’autre en période de transitions forte. Je rappelle que les CTP (contrats de transition professionnelle) ont été brevetés par l’Afpa. Maintenant, il faut accélérer, passer à la vitesse grand V.

Nous avons pour cela des outils que nous maitrisons bien tels la VAE (validation des acquis de l’expérience), la définition de diagnostics de compétences au service des personnes ou des régions, l’élaboration de plans de formation, le pilotage des plates-formes d’évolution et de mobilité professionnelle pour les CDD en fin de mission et les intérimaires sans contrat…

 

Comment fonctionnent ces plates-formes de mobilité ?

Elles sont copilotées avec les entreprises de travail temporaire, Pôle emploi, le conseil régional, des entrepreneurs… À partir de « diagnostics d’employabilité », nous mettons en regard les besoins de recrutement des territoires et les compétences des personnes ayant perdu leur emploi. Nous les accompagnons jusqu’au retour à l’emploi ou dans leur projet de création d’entreprise ou de reconversion, avec si nécessaire une phase de formation. Elles peuvent rester dans leur filière, leur métier ou en changer, en fonction des besoins territoriaux. Dans le Nord-Pas-de-Calais, 600 personnes en fin de mission dans le secteur automobile en ont bénéficié.

 

Quel est le positionnement de l’Afpa aujourd’hui ?

On noue, par exemple, des partenariats avec des groupes privés qui s’occupent de gestion des RH comme Alpha, la Sodie, Altedia et avec les Opca… Ces partenaires établissent les diagnostics, l’Afpa assure l’ingénierie, les formations métiers... Notre objectif est de participer à une offre globale même si nous n’en maitrisons pas l’ensemble. Nous ne sommes plus sur un marché public, nous sommes en concurrence, mais nous remplissons des missions de service public, à la demande de l’État et des régions.

 

Qu’est-ce que la mise en concurrence change ? Allez-vous proposer des formations généralistes comme les gros organismes privés ?

L’Afpa est axée sur les métiers. Elle ne formera pas au management ou au développement personnel. Le seul stage proposé en salle est celui de téléopérateur. C’est une opportunité pour les jeunes, car j’estime que pour eux, on a confondu donner un diplôme et apprendre un métier. On reste donc sur ce thème-là que l’on étend aux entreprises. En trois ans, le nombre de salariés formés chez nous a d’ailleurs augmenté de 60 %.

Pour répondre à des problèmes de financement et de durée des formations, nous proposons aussi des stages courts, de perfectionnement qui vont de un à cinq jours. Il s’agit de modules dont l’addition peut donner une qualification complète.

Par contre, nous n’avons pas la volonté de nous adresser directement au grand public. On ne peut pas former gratuitement, il faut un commanditaire qui finance les formations : l’État, la région, Pôle emploi.

 

L’Afpa en chiffres en 2008

• 1,6 milliards de recettes

• 260 000 personnes conseillées et orientées

• Près de 200 000 individus en formation dont 120 000 demandeurs d’emploi et 65 000 salariés.

Propos recueillis par Nathalie Samson et Marie-Madeleine Sève

Septembre 2009

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