
Andrew Wickham, Linguaid Consultancy
Seuls quatre ou cinq organismes de formation en langues seraient capables, face à la mondialisation, de tirer leur épingle du jeu : c’est l’une des hypothèses d’Andrew Wickham et Joss Frimond, consultants de Linguaid Consultancy, dans leur étude sur « Le marché de la formation en langues à l’heure de la mondialisation »*. Une étude qui dessine pour la première fois un portrait du marché et de ses enjeux. Andrew Wickam répond à nos questions.
Comment se présente le marché actuel des formations en langues ?
Nous nous sommes basés pour réaliser l’étude sur les véritables acteurs du marché de la formation professionnelle, en ne considérant pas les formateurs indépendants et les associations culturelles. C’est-à-dire 271 organismes, sur environ 300 identifiables. La principale conclusion est que la formation à distance est en train de prendre une avance considérable, elle représente aujourd’hui entre 10 à 20 % du marché, nous estimons que d’ici trois à cinq ans elle représentera au moins 33 %. Ce qui signifie, entre autres, que 25 % des emplois de formateurs d’ici trois ans risquent d’être délocalisés.
Pour quelle raison ?
La caractéristique principale des formations en langue aujourd’hui est d’être réalisée de plus en plus « off shore », organisée dans des pays à bas coûts, avec des charges sociales et obligations moindres qu’en France. En gros, un formateur qui donne des cours par téléphone et visio-conférence à partir des États-Unis coûte deux fois moins cher qu’en France, et des Philippines par exemple quatre fois moins cher… Grâce à la convergence des technologies dans ce domaine, on assiste à un retour du « présentiel » , avec des formations « blended » qui mêlent formations à distance avec un formateur et e-learning. Le formateur a donc repris sa place, par rapport au e-learning première génération, mais différemment, il n’est plus sur place.
Le développement du « off-shore » aura-t-il une influence sur la qualité des prestations ?
Depuis des années, nous constatons un problème de qualité, parce que le tarif horaire du face-à-face stagne et qu’il est difficile de rémunérer à leur juste valeur des formateurs compétents que les clients réclament. Normalement, le « blended » aurait dû permettre de maintenir les prix, mais les grandes entreprises, qui fonctionnent de plus en plus en rationalisant leurs dispositifs de formation afin de pouvoir former un maximum de salariés avec un budget limité, ont négocié des tarifs à la baisse sur toutes les modalités, y compris le face-à-face. Ce qui peut avoir évidemment une incidence sur la qualité…
Quels besoins les entreprises expriment-elles aujourd’hui en terme de formation en langues ?
Les grandes entreprises, pour lesquelles les formations en langue sont de moins en moins stratégiques, car globalement les cadres et le top management sont déjà formés, recherchent des prestataires à distance capables de déployer des systèmes intégrés de formation au niveau mondial. Seuls quatre ou cinq organismes français sont aujourd’hui capables de répondre à cette exigence (mais ce besoin ne concerne qu'un nombre restreint de clients et probablement entre 5 et 10 % du chiffre d'affaires à terme).
Dans les entreprises moyennes ou établissements décentralisés des grandes entreprises, ainsi que les PME, qui travaillent plutôt avec des organismes de proximité, les responsables de formation sont souvent désorientés par la complexité et la richesse de l’offre. La formation en langues n’est pas non plus une priorité pour deux tiers d’entre eux, mais ils cherchent de plus en plus des formations très spécialisés axées métiers : techniciens, ingénieurs, informaticiens qui doivent communiquer avec des équipes à distance et ont souvent un niveau scolaire. Les organismes de formation de proximité peuvent répondre à ce marché, mais sont actuellement menacés par l’étroitesse des marges et leur capacité financière limitée par rapport aux nécessaires investissements technologiques. C’est pourquoi on assiste actuellement à une concentration de l’activité de formation linguistique.
* « Le marché de la formation en langues à l’heure de la mondialisation ».
Plus d'infos : www.etude-langues.fr
Propos recueillis par Dominique Perez
Mai 2009
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