
Campus historique de l'Université de Strasbourg - © Pascal Disdier/CNRS Alsace
Sur un marché de la formation continue en constante progression, peu d’universités excepté quelques pionnières, ont mis en place une stratégie marketing ambitieuse. Un paradoxe à l’heure où les établissements sont en quête de nouvelles ressources pour financer leur développement. Quelles sont les forces et les faiblesses des facs ?
Une enquête réalisée à l’occasion de la conférence Pourseformer-EducPros : “Universités et grandes écoles : Comment gérer et développer ses activités de formation continue ?”, du 10 février 2011.
L’augmentation des dépenses consacrées à la formation continue échapperait-elle aux universités ? Alors que, selon le “Jaune budgétaire”, en 2008, pour la troisième année consécutive le chiffre d’affaires des organismes de formation continue a progressé, pour atteindre 6,9 milliards d’euros, la manne bénéficie principalement aux organismes privés. Ces derniers captent les trois quarts de ce magot, laissant une portion congrue – 3 % (214 millions d’euros) – aux universités… Une contribution marginale pour des acteurs qui ne manquent pourtant pas d’atouts, puisqu’ils sont en effet les seuls à proposer des formations diplômantes. “En dépit de quelques frémissements, les universités ont du mal à augmenter leur part de marché”, reconnaît Jean-Marie Filloque, président de la CDSUFC (Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue). Un aveu étonnant à l’heure où la plupart d’entre elles sont à la recherche de ressources supplémentaires pour financer leur développement…
Des règles de comptabilité publique contraignantes
Pour leur défense, les responsables des services de formation continue mettent en avant les règles de la comptabilité publique qui les empêchent de faire des bénéfices, rendant cette activité peu attractive pour les universités : les recettes dégagées par la formation continue ne peuvent pas être versées au budget général, mais doivent impérativement revenir au service formation continue.
La plupart visent avant tout l’équilibre, qui reste difficilement atteignable : si les financements en provenance des entreprises représentent 45 % des recettes, 26 % émanent de particuliers, qui ne sont pas soutenus par leurs employeurs ou par des fonds publics dans leur reprise d’études. Un public auquel les universités ne “facturent” pas toujours les frais réels des formations dispensées à perte…
De plus, les deux tiers des ressources engrangées servent à rémunérer les enseignants.
llustration à l’UBO (Université de Bretagne occidentale – Brest), où la formation continue (qui inclut la formation par apprentissage dans la majorité des cas) représente 10 à 12 % des recettes. Si ces ressources grossissent le budget de l’établissement, elles n’alimentent pas de manière conséquente son budget de fonctionnement général : 70 % de ces gains servent à rétribuer les intervenants en formation continue.
Calcul des marges illusoire
Pointant les “faiblesses [des établissements] dans l’organisation et la gestion de la formation continue”, un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche de 2007 montrait que ces insuffisances ne permettaient d’ailleurs pas de savoir si cet équilibre était atteint, certains exemples indiquant même que cette activité serait déficitaire…
L’opacité des chiffres (les étudiants en apprentissage étant parfois comptabilisés en formation continue, ou des salariés en formation continue comme étudiants) rend en effet illusoire le calcul des marges réalisées par les universités en formation continue. Appelant à une grande clarification et à la définition de véritables stratégies, le rapport recommandait aux établissements de renforcer leur activité en formation continue. Trois ans plus tard, la situation globale n’a que faiblement évolué, même si certains prennent aujourd’hui les problèmes à bras-le-corps.
Universités et formation continue : trois stratégies à la loupe
En solo, en partenariat avec des organismes privés et/ou des grandes écoles… Trois stratégies émergent pour développer la formation continue dans les établissements supérieurs. Analyse et exemples.
• Stratégie n° 1 : faire cavalier seul (universités Lille 1, Dauphine, UPCM)
• Stratégie n° 2 : nouer des partenariats avec des organismes privés (IAE de Lyon, université Paris-Ouest-Nanterre)
• Stratégie n° 3 : s’allier aux grandes écoles (universités de Strasbourg, Paris-Descartes et Joseph-Fourier)
Le chiffre d’affaires des universités en formation continue
• Le service documentation de Pourseformer.fr a recensé les chiffres d'affaires 2009 de la formation continue des universités françaises.
Laurence Estival
Janvier 2011