Ouverture à la concurrence, manque d’effectifs, nouvelle organisation : rien ne va plus, selon les principales organisations syndicales (CGT, CFDT, Sud et CGC) de l’AFPA. Le point sur leurs principales revendications, à l’heure de la mise en place de la nouvelle administration.
Premier objet d’inquiétude syndicale : la formation des demandeurs d’emploi. “Sur 168.200 stagiaires formés en 2010, la moitié sont des salariés dans le cadre de CIF ou de l’alternance. Ce qui n’est pas notre mission première. Nous demandons à la nouvelle gouvernance un rééquilibrage très net en faveur des formations qualifiantes pour les demandeurs d’emploi en difficulté”, déclare Alain Guillemot, secrétaire général de la CFDT-AFPA.
La réponse de la direction de l’AFPA met en avant la nécessité de trouver de nouvelles recettes apportées par cette voie de formation, “dans un contexte de pénurie financière et le désengagement de l’État”. Depuis la décentralisation, l’activité de l’AFPA repose en effet désormais sur les régions, devenues leur principal commanditaire. En 2010, sur 940 millions d’euros de chiffre d’affaires, les crédits de l’État ne pèsent plus que 10 millions d’euros dans les caisses de l’association, contre 250 millions en 2004, selon la CGT.
Cette ouverture à la concurrence reste mal vécue : “Nous sommes entrés dans une logique de marchandisation. Depuis cette année, la plupart des régions fonctionnent par appels d’offres concernant des programmes de formation professionnelle. Cela nous amène à nous positionner comme n’importe quel opérateur commercial, ce qui n’est pas notre rôle. Ce système nous pousse à rechercher les stagiaires les plus rentables, comme les salariés en CIF ou en contrat de professionnalisation”, déplore Jacques Coudsi, secrétaire général de la CGT-AFPA.
“Personne ne sait plus qui fait quoi”
Si la CFDT plaide en faveur d’un aménagement du plan stratégique de la direction de l’AFPA, en vigueur jusqu’en 2014, la CGT va plus loin. Elle continue d’en demander le retrait pur et simple. La centrale de Montreuil dénonce en particulier la nouvelle organisation de l’association, structurée en ligne métiers (fonctions supports, commercial, services clients, ingénierie formation…), jugée source de tensions, de chaos et d’inquiétude pour le personnel. “Tous les postes hiérarchiques ont été bousculés. Personne ne sait plus qui fait quoi. Les directeurs de centres régionaux deviennent des managers de campus qui ne s’occupent que des formateurs, tout le personnel administratif dépend désormais du siège national. Cela crée beaucoup de dysfonctionnements”, estime son porte-parole.
Cette réorganisation demeure défendue par la direction de l’AFPA, qui estime “nécessaire” de concentrer les efforts de ses directeurs régionaux sur l’activité commerciale et le marché des entreprises. Elle affirme en outre avoir consulté pendant dix-huit mois les comités d’entreprise et les cadres de l’AFPA pour élaborer ce plan stratégique décrié. Une transparence que nie en partie la CGT : “Le 24 juin, nous avons appris qu’elle comptait sous-traiter aux Greta une partie du travail de maintien et de renouvellement des titres du ministère du Travail inscrits au RNCP, qui fait partie des missions de l’AFPA. Nous n’avons rien contre une telle collaboration. Seulement, le comité central d’entreprise n’a même pas été consulté sur ce point stratégique !”, s’agace Jacques Coudsi.
“Des formateurs écrasés par le boulot”
Entre le transfert de 900 conseillers d’orientation partis vers Pôle emploi en 2010 et le non-remplacement des départs de 12.000 personnes, les effectifs de l’AFPA sont passés à 9.200 aujourd’hui. “Certains formateurs sont écrasés par le boulot, dénonce la CGT. Dans certaines formations, les effectifs de stagiaires sont passés de 15 à 30, ce qui est beaucoup pour des stages qui requièrent de la pratique en ateliers et du travail en commun”, illustre Jacques Coudsi.
Alors qu’il ne reste plus que 300 conseillers d’orientation à l’Afpa, contre 1.200 avant le transfert vers Pôle emploi, les syndicats comptent bien interpeller la nouvelle gouvernance sur la qualité de l’orientation. “Pour combler le départ des conseillers d’orientation, la direction a recruté des chargés de recrutement qui n’ont le profil, ni la formation de psychologue du travail”, s’insurge le secrétaire de la CFDT. Dans un contexte très tendu, les huit nouveaux administrateurs de l’AFPA sont attendus au tournant.
Nouvelle gouvernance : deux instances stratégiques
Tout n’est pas négatif pour les syndicats, et notamment pour la CGT, concernant la nouvelle organisation des pouvoirs à l’AFPA. Dans un communiqué publié après la mise en place de la nouvelle gouvernance, elle déclare notamment qu’elle considère “la mise en place de la nouvelle gouvernance comme une chance à saisir pour donner un nouveau rayonnement à l’AFPA en tant qu’opérateur majeur du Service public de l’emploi”, louant au passage son influence régionale, tandis qu’il remettait par ailleurs en cause le rôle des régions dans son équilibre financier.
L’AFPA est désormais composé de deux instances, permettant la séparation des pouvoirs : un conseil d’orientation de vingt membres représentant les cinq collèges (État, régions, employeurs, confédérations syndicales et personnalités qualifiées), chargé de définir la stratégie de l’association, et un conseil d’administration élu par le comité d’orientation, composé de 9 membres, chargé de la gestion.
Le Président de l’AFPA, Jean-Luc Vergne, a été reconduit dans ses fonctions le 1er juillet. Le premier conseil d’administration de l’AFPA “nouvelle formule” se réunira, quand à lui le 7 juillet.
Dominique Perez
Lydie Colders
Juillet 2011