“La formation est désormais indissociable du parcours professionnel” (Marie-Christine Soroko, Fédération de la formation professionnelle)

“Former pour former” n’est plus d’actualité. La nouvelle réforme de la formation le confirme en consacrant, dans le prolongement de celle de 2003-2004, la notion de parcours professionnel. La question de l’évaluation de la formation est cependant la grande absente de cette réforme, souligne Marie-Christine Soroko, déléguée générale de la FFP (Fédération de la formation professionnelle). Entretien.

 

Quels sont les effets de la réforme sur l’offre de formation ?

 

La réforme 2009-2010 s’inscrit dans la continuité de la précédente. Elle confirme l’essor de la notion de parcours professionnel, véritable tendance de fond, que de nombreux rapports et groupes de travail ont mis en évidence. “Former pour former” n’a plus sa place. La réforme devient un levier de la politique RH et de GPEC des entreprises, et les salariés sont outillés pour devenir réellement acteurs de leur parcours et de leur évolution professionnelle (entretiens, bilans, passeport orientation/formation, DIF portable, CIF hors temps de travail…). Quant aux organismes de formation, ils mettent davantage l’accent sur l’individualisation (positionnement, évaluation des stagiaires), la modularisation des formations et le e-learning.
Cette notion de parcours, comme le droit à l’orientation et à la qualification, devrait permettre de donner corps à l’un des objectifs de la formation professionnelle qui “vise à permettre de progresser d’au moins un niveau de qualification au cours de sa vie professionnelle”.

 

Quelles ont été les conséquences de la création du FPSPP et son financement, provenant pour l’essentiel des entreprises ?

 

L’argent est remonté au FPSPP via les OPCA mais, pour le moment, il n’est pas complètement redescendu. D’autre part, tous les OPCA ne sont pas en mesure de répondre aux appels à projets du fonds, soit parce qu’ils sont gênés par la complexité des procédures, soit parce que les besoins de leurs branches et entreprises adhérentes ne correspondent pas aux publics visés par les projets (salariés ou demandeurs d’emploi, de bas niveau de qualification notamment).
En 2010, les budgets formation des entreprises ont été affectés par le “13 % FPSPP”. Nombre d’entre elles ont dû revoir leurs dépenses à la baisse, ce qui a eu bien évidemment un effet négatif sur le marché de la formation. La crise économique et la réforme financière de la formation ont, à elles deux, généré des dépôts de bilans.

 

Que pensez-vous de la réforme des OPCA qui vise à instaurer une plus grande transparence dans leurs relations avec les organismes de formation* ?

 

Il était plus que temps d’instaurer cette transparence ! La loi consacre également le principe fondamental du libre choix par l’entreprise de son organisme de formation. C’est un point très positif. Le référencement de l’offre par les OPCA peut avoir un effet structurant pour le marché. Cependant, nous serons très vigilants sur la mise en pratique de cette disposition et ses éventuels effets pervers. Sous couvert de transparence, il ne faudrait pas que l’affichage des organismes bénéficiaires des fonds de l’OPCA aboutisse à une sélection de certains prestataires, ce qui irait à l’encontre du principe de libre choix par l’entreprise de son organisme.

 

Quels sont les manques de la réforme à votre avis ?

 

Il est regrettable qu’on se focalise sur les questions d’argent, sur les circuits financiers et qu’on ne se préoccupe pas de questions fondamentales comme l’ingénierie de formation et la qualité. La question de l’évaluation de la formation est également à peine ébauchée. La France est en retard dans ce domaine. La FFP a développé plusieurs outils qui concourent à renforcer la qualité et l’évaluation de la formation, parmi lesquels le CP FFP (certificat professionnel délivré au stagiaire à l’issue de son parcours de formation), le CQP (certificat de qualification professionnelle) de formateur consultant (certificat créé par la branche permettant au formateur de valider ses compétences). Elle encourage par ailleurs ses adhérents à s’engager dans une démarche de qualification auprès de l’ISQ-OPQF (Office professionnel de qualification des organismes de formation).


* La loi du 24 novembre 2009 prévoit que les OPCA créent un service dématérialisé (site Internet) proposant notamment la liste de leurs priorités et critères de prise en charge et la liste des organismes de formation bénéficiaires des fonds de l’OPCA, ainsi que le montant versé à chacun de ces organismes.

 

Notre dossier "La réforme de la formation : ce qu'ils en pensent"

Propos recueillis par Valérie Grasset-Morel

Janvier 2011

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