Mal informées, mal outillées et inquiètes quant aux possibilités d’obtenir des financements de leur Opca, alors qu’elles sont mises à contribution pour alimenter le FPSPP, les entreprises redoublent de prudence pour 2010. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par le cabinet Tendance RH pour Opcalia Île-de-France (1).
Si la moitié des DRH et responsables formation sondés prévoient un budget formation similaire à 2009, un tiers orientera les dépenses à la baisse en 2010. Seules 17 % des entreprises prévoient d’augmenter leur budget formation en 2010, « essentiellement pour accompagner des besoins liés aux restructurations », a commenté Xavier Masse, directeur du cabinet Tendance RH. Une frilosité liée aux incertitudes planant sur les cofinancements possibles : 60 % seulement des entreprises escomptent une aide financière de leur Opca en 2010, contre 76 % en 2008.
Au cœur du problème : le flou entourant le fonctionnement du fonds de sécurisation, et notamment les critères de redistribution des 13 % prélevés par leur Opca en direction du FPSPP. « Les entreprises s’interrogent sur la manière de pouvoir récupérer cette partie de leur contribution. Elles pressentent que les critères d’éligibilité de leur Opca vont se durcir, notamment en ce qui concerne la période de professionnalisation », explique Xavier Masse.
Difficulté à cerner les publics prioritaires
Le financement de la période de professionnalisation, que 45 % des entreprises comptent utiliser cette année selon l’enquête, pose particulièrement problème. Qu’entend-t-on par cette notion de public faiblement qualifié, cible première du FPSPP au titre de la professionnalisation ? Là réside encore toute l’ambiguïté. Si le fonds de sécurisation cible surtout les salariés de niveau bac (et en dessous), pour 71 % des entreprises interrogées, ce public correspondrait au premier échelon de leur convention collective, ce qui fausse en partie la donne : dans certaines entreprises, le niveau d’entrée minimal peut être fixé à bac + 2, par exemple. « Nous pouvons répondre à des appels d’offres du FPSPP pour les bas niveaux de qualifications. Mais ces publics ne sont les premiers bénéficiaires du plan de formation », a prévenu Philippe Huguenin-Génie, directeur d’Opcalia Ile-de-France. Le message est clair : avec la ponction du 13 %, les Opca ne pourront plus être aussi généreux que par le passé pour financer les périodes de professionnalisation.
Intérêt pour la portabilité du DIF
Quelques dispositifs retiennent l’attention des PME et des grands groupes, notamment le DIF et sa portabilité, plutôt bien perçus (87 % des entreprises comptent le mettre en œuvre, même si des doutes persistent sur les financements des Opca) et l’entretien professionnel pour les plus de 45 ans (85 %). « La portabilité du DIF intéresse les entreprises pour former des salariés lors de leur intégration. Mais elles s’interrogent sur la lourdeur de gérer deux compteurs distincts, et leurs outils informatiques ne sont pas toujours prêts », souligne Xavier Masse.
Manque d’outils et de conseils
Plus simple à décliner, 42 % des entreprises prévoient d’instaurer le passeport orientation formation créé par la loi. 20 % s’intéressent aussi à la POE (Période opérationnelle à l’emploi), « surtout en amont d’un contrat de professionnalisation, pour éviter les erreurs de recrutement », constate le directeur de Tendance RH. Mais même volontaires, les entreprises auront besoin d’accompagnement : presque la moitié d’entre elles affirment avoir besoin d’informations, de conseils et d’outils pour appliquer la réforme…
(1) « Comment les entreprises intègrent-elles la réforme dans leurs pratiques de formation ? », juin 2010. Enquête réalisée par Tendance RH pour Opcalia Ile-de-France auprès 195 entreprises de toutes tailles, entre février et mai 2010.
Lydie Colders
Juin 2010