Pour récupérer l’argent versé au FPSPP, les entreprises vont devoir réviser leur gestion de la formation, en travaillant au plus près des salariés. Une nouvelle façon de penser qui ne va pas de soi comme l’ont montré les échanges de la conférence-débat organisée par le cabinet Tendance RH.
Une question taraude les entreprises : comment récupérer le versement qu’elles ont effectué au FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels) via leur Opca, soit 13 % de leur obligation légale au titre de la formation professionnelle ? « Toutes ne seront pas servies », répond sans ambages Xavier Masse, président de Tendance RH, cabinet conseil en stratégie formation des entreprises, lors d’une conférence-débat au titre un brin provocateur « À qui profite la réforme de la formation professionnelle ? » qu’il organisait le 13 avril 2010, en présence d’une vingtaine d’entreprises et d’Opca, et d’Alain Druelles, chef du service de la formation continue du Medef.
Lobbying. Le consultant invite les entreprises à « faire du lobbying et à travailler étroitement avec leur Opca » qui vont être invités à répondre aux appels à projets que le FPSPP va lancer à partir du 22 avril. Il faut surtout, que « les entreprises révisent leur approche de la formation », notamment les plus grandes qui, jusque-là, travaillaient par grandes masses et grandes fonctions. Elles vont devoir désormais « partir de l’individu » et « travailler au plus juste des compétences attendues ». « C’est une nouvelle façon de penser la formation », analyse Xavier Masse.
Pédagogie. Les entreprises vont-elles s’y retrouver ? Si l’on s’en tient d’une part, à ce que l’on peut considérer comme une sur-cotisation à la charge des entreprises versée au FPSPP et d’autre part, aux critères d’affectation de ces sommes largement orientés vers les demandeurs d’emploi, les entreprises peuvent légitimement se poser la question. L’affectation des ressources du FPSPP à sa mission de qualification et requalification des salariés et demandeurs d’emploi en situation fragile va en effet s’effectuer sur la base de priorités définies par la convention-cadre conclue le 15 mars 2010 par le FPSPP et l’État (lire à ce sujet : FPSPP : 670 millions d’euros pour les salariés fragiles et les demandeurs d’emploi). « Nous avons un important travail pédagogique à faire qui n’est pas simple, reconnaît Alain Druelles. Il y a encore de nombreux points de la réforme à caler, mais les choses devraient se préciser dans les semaines ou les mois à venir. » Objectif : « raccourcir ces délais pour la réforme 2009-2010… » Et de rappeler que la dernière réforme de 2003-2004 n’a réellement été connue par les entreprises qu’après un ou deux ans de mise en œuvre. Selon lui, les Opca ont un rôle fondamental à jouer dans ce travail pédagogique. « Ils ont la responsabilité d’accompagner l’entreprise » dans la mise en œuvre de sa politique de formation, rappelle le représentant du Medef.
Colère. Côté Opca, une certaine irritation se manifeste. « Nous transférons 28 millions d’euros au FPSPP sans avoir la garantie de les récupérer. Comment ne pas être en colère ? », s’interroge l’Opca Transports qui remarque en outre que « pour une PME/TPE, c’est très difficile de sortir de son plan de formation initial et de passer à l’individu ». « L’inquiétude des Opca est tout à fait compréhensible », répond le représentant du Medef, rappelant que « les partenaires sociaux ont unanimement signé l’accord du 7 janvier 2009 » à l’origine du FPSPP, et que « les Opca sont les outils des partenaires sociaux ». Ces derniers sont cependant confrontés à « un énorme challenge » alors qu’ils sont eux-mêmes engagés dans une réforme structurelle importante. D’ici au 1er janvier 2012, les Opca vont être en effet invités à se regrouper par accord en fonction de critères précis, notamment financiers. [NDLR : Le seuil de collecte permettant d’obtenir l’agrément de l’État serait porté à 100 millions d’euros au lieu des 15 actuels. Le nouveau paysage de la collecte devrait être constitué d’une quinzaine d’Opca (hors fongecif) au lieu des quelque 45 Opca de branche ou interprofessionnels actuellement agréés].
Pour Alain Druelles, ils doivent être « proactifs » et ne pas forcément attendre les appels à projets pour aider les entreprises à se positionner sur les nouveaux outils créés par la réforme comme la POE (préparation opérationnelle à l’emploi) ou l’élargissement du contrat et de la période de professionnalisation à de nouveaux publics. Certaines entreprises ont d’ailleurs anticipé la phase opérationnelle des appels à projets « en regardant dans leurs effectifs, quels salariés étaient potentiellement concernés » par ces mesures, indique le représentant du Medef.
Valérie Grasset-Morel
Avril 2010