Si les risques d’un mouvement social de grande ampleur semblent écartés, les entreprises devront être vigilantes sur les conflits ponctuels et la question du pouvoir d’achat des salariés. Telle est la teneur de la note sociale d’Entreprise & Personnel pour 2010. Un essai prospectiviste qui évite les sujets qui fâchent comme les suicides au travail…
À quoi ressemblera le climat social en 2010, après une année de crise éprouvante ? La note annuelle de conjoncture sociale d’Entreprise & Personnel, présentée le 29 septembre aux DRH et aux journalistes, le voit plutôt en demi-teinte. La menace d’un mouvement social généralisé semblerait écartée : « même si on assisté à des manifestations d’ampleur et à une radicalisation des conflits sociaux dans certaines entreprises, la situation sociale est restée paradoxalement assez stable », observe Jean-Pierre Basilien, directeur d’études chez E & P. Cette relative stabilité reviendrait « au gouvernement, qui a joué un rôle de déminage constant sur les dossiers sensibles et aux syndicats, qui malgré les grincements de dents, se sont comportés en co-gestionnaires de la crise ». Quant aux entreprises, les plans de départ volontaires auraient contribué à maintenir le calme en interne. « Les syndicats ont perçu cette mesure comme la moins mauvaise solution face à des licenciements massifs. »
Le pouvoir d’achat au cœur des préoccupations ? Sans exclure des conflits sociaux ponctuels dans les mois à venir, l’association prévoit plutôt un climat social variable oscillant « sous l’effet d’annonces qui devraient souffler tantôt le froid avec les PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) et tantôt le chaud avec les signes de reprise ». Mais la vigilance demeure pour les DRH, « car si la reprise se confirme, la question du pouvoir d’achat des salariés pourrait redevenir un enjeu majeur. Cette année, l’encadrement a perdu près de 20 % de sa rémunération. Les cadres n’accepteront pas que cette situation perdure alors qu’ils ont redoublé d’efforts face à la crise », prévient Jean-Pierre Basilien. Les DRH devront donc être prudents concernant la question-clé des augmentations de salaire – et leur équité entre part collective et individuelle. Au-delà des salariés pour l’instant plutôt attentistes, la situation générale resterait toutefois fragile : les jeunes particulièrement touchés par la crise, la peur du déclassement social qui touchent les classes moyennes ou les travailleurs précaires « restent de véritables préoccupations, source de conflits ou d’actes de subversion potentiels », estime Jean-Pierre Basilien.
Malaise sur la souffrance au travail. Est-ce parce que France Télécom ou Renault figurent parmi les 130 adhérents de l’association ? Face aux DRH et aux journalistes, les consultants d’Entreprise & Personnel sont restés muets sur le problème des suicides au travail qui trouble l’actualité sociale en cette rentrée. À peine un mot pour appeler les entreprises à la vigilance concernant les risques psycho-sociaux. Il aura fallu la question d’un journaliste sur ces drames en cascade pour que Sandra Enlart, directrice de l’association, consente à indiquer « que les DRH devaient réinvestir la question de l’organisation du travail et se rapprocher davantage des managers pour les soutenir dans leurs difficultés »...
* « Entre colères et fatalisme ». Note sociale d’Entreprise & Personnel. Septembre 09.
Lydie Colders
Octobre 2009