
Jean-Marc Legall, directeur d’études d'Entreprise et Personnel
Les entreprises ne doivent pas négliger les risques de tension sociales dûs à la crise financière mondiale : c’est l’alerte lancée par Entreprise et Personnel, dans leur dernière note de conjoncture sociale. Rémunération, seniors, 35 heures... Face à la baisse du niveau de vie et des retraites, l’étude invite les DRH à la prudence.
« Si aujourd’hui tout le monde est sidéré par l’ampleur de la crise des marchés, ne croyons pas non plus à la résignation générale » a prévenu d’emblée Jean-Marie Le Gall, directeur d’études à Entreprise et Personnel. Evoquant une crise sans précédent depuis 15 ans dont la France « ne se relèvera que fin 2009 », la note de l’association de DRH insiste sur la possible dramatisation du climat social, dû aux à la baisse du pouvoir d’achat des salariés et à l’appauvrissement des classes moyennes, alors que le fossé se creuse avec les classes sociales les plus aisées.
Risques de dégradation. D’où la recommandation faites aux entreprises d’être prudentes : « sur le plan social, la conflictualité va sans doute se durcir. On n’assistera sans doute pas à de grands mouvements syndicaux massifs étant donné les enjeux de recomposition entre centrales syndicales et des élections prud’homales. Mais des conflits durs et ponctuels sont à craindre, dans les entreprises annonçant des suppressions d’emploi ou des politiques salariales restrictives ». Dirigeants et managers doivent donc de se préparer à affronter des situations difficiles et de fortes tensions au sein de leurs équipes. « Les salariés sont inquiets sur leur niveau de vie et d’épargne. Ils commencent par ailleurs à pâtir du durcissement des conditions de rendement des retraites. Citant la CNAV, l’étude rappelle que les salaires reportés au compte retraite, un salarié liquidant ses droits en 2008 obtient une retraite annuelle de 43 % du plafond de la sécurité sociale, au lieu des 50 auxquels il aurait pu prétendre. Un contexte qui pourrait inciter les salariés à travailler plus longtemps, « et qui pose aussi la question de l’opportunité pour les entreprises de réfléchir à des offres de compléments retraites. »
Apaiser les tensions. Dans ce climat difficile, Entreprise et personnel invitent les DRH à être vigilants sur l’équité de leurs politiques de rémunérations salariales, prônant des hausses collectives, mais également à se préoccuper de l’emploi des seniors face au durcissement des régimes de retraite. Idem, l’étude estime que malgré la possibilité de renégocier les accords 35 heures depuis la loi du 8 juillet, « les entreprises ont intérêt à proposer des contreparties en terme de qualité des conditions de travail ». Bref, à ne pas verser d’huile sur le feu dans un climat sombre et explosif. Car sans croire à un mouvement social gagnant en cascade toutes les entreprises, « il faut se méfier des effets pernicieux d’un désengagement silencieux des salariés. Les mouvements de résistance discrète sont tout aussi efficaces, mais beaucoup plus difficiles à percevoir » a conclu Jean-Marie Le Gall.
* « La déchirure ». Note de conjoncture sociale d’Entreprise et Personnel. Octobre 2008.
Lydie Colders
Octobre 2008