Dans cinq ans à peine, 50 % de la population active pourrait télétravailler, estime, optimiste, un récent rapport du Centre d’analyse stratégique, qui pointe néanmoins des risques d’entorses aux règles d’équité protégeant ceux qui travaillent hors des locaux de l’entreprise.
28 % : telle serait aujourd’hui la part de la population active susceptible de télétravailler, selon le Centre d’analyse stratégique (CAS) (1). Sont concernés ici tous les professionnels aptes à travailler, au moins une partie de leur temps, hors des locaux de leur employeur avec l’aide des technologies de l’information et de la communication (TIC).
Des cadres aux informaticiens en passant par les professionnels du droit, 11 % de la population active auraient ainsi une « probabilité forte » de pratiquer le télétravail. La probabilité serait « faible ou moyenne » pour 17 % des travailleurs (techniciens, secrétaires ou encore employés administratifs).
Un vivier amené à croître, à en croire le CAS, qui juge qu’en 2015, « le télétravail concernerait potentiellement jusqu’à 50 % de la population active » : grâce à l’essor des TIC, 38 % des travailleurs auraient alors une probabilité forte de pratiquer le télétravail, et 9 % une probabilité moyenne ou faible.
Ignorance ou peur des représailles
En matière de télétravail, « les abus restent rares, bien que probablement sous-estimés », estime le CAS, qui énumère les fautes des salariés (fausses déclarations d’accidents de travail, déplacements non autorisés…) et pointe surtout les manquements des employeurs à l’accord national interprofessionnel (ANI) sur le télétravail, adopté en 2005 : « par ignorance (…) ou par peur d’éventuelles représailles », souligne le CAS, les salariés ne dénoncent pas les contrats de télétravail abusifs. « La prise en charge totale des équipements [portable, connexion Internet, téléphone fixe et portable, mobilier…], prévue par les dispositions de l’ANI (accord national interprofessionnel) de 2005, est finalement une situation relativement exceptionnelle », note ainsi le rapport.
Le télétravailleur doit être un salarié comme les autres
Le télétravailleur n’a en outre pas toujours accès aux mêmes avantages en nature (remboursement des frais, des repas, des déplacements…) ni aux mêmes informations et opportunités de carrière que ses collègues, alors qu’il est, « d’après les textes, un salarié comme un autre ». L’entreprise s’arroge en outre indûment le droit de faire intrusion dans sa vie privée : contacté quotidiennement par l’employeur quatre fois plus souvent que ses collègues, le télétravailleur peut également craindre l’utilisation excessive de la géolocalisation.
Les télétravailleurs travaillent aussi « plus longtemps et plus souvent la nuit et le week-end » que les autres salariés. Tout ceci explique sans doute que « le télétravail [apparaisse] davantage susceptible d’entraîner des situations de stress, voire de burn-out », même s’il favorise l’autonomie et permet « d’organiser de manière plus souple [son] emploi du temps ». (lire aussi Travail à domicile : l’organisation avant tout !)
Manque de formalisation
Le problème est que, dans la majorité des cas, les modalités du travail à domicile ne donnent lieu à « aucune formalisation » (ni dans le contrat, ni même oralement). La proposition de loi du secrétariat d’Etat chargé de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, qui étudie notamment la possibilité de concilier télétravail et maternité ou arrêt maladie, devra donc tenir compte de tous ces paramètres, et réaffirmer la nécessité du « double volontariat » (le télétravail doit être choisi et organisé d’un commun accord par l’employeur, et par le salarié).
(1) « Le développement du télétravail dans la société numérique de demain », paru en novembre 2009.
Myriam Greuter
Décembre 2009