Formation, motivation, évolution, conditions de travail… Le premier baromètre de la mobilité professionnelle d’Adecco pointe de nombreuses divergences entre DRH et salariés. Un "regard croisé" de ces deux parties non exempt de paradoxes (1).
Les salariés cacheraient-ils bien leur jeu ? 87 % des DRH interrogés estiment ainsi qu’ils sont motivés quand seuls 63 % des intéressés partagent ce point de vue. Peu motivés, ils aimeraient d’ailleurs changer d’air : 59 % ont envisagé une mobilité interne (pour 23 % d’entre eux) ou externe (pour 36 % d’entre eux). Plus de la moitié de ces derniers mettent en avant leur volonté d’obtenir une augmentation de salaire (54 %), un tiers invoquent les modes de management, 30 % la qualité de vie au travail et 30 % le manque de perspectives professionnelles. Des griefs peu perçus par les DRH qui, s’ils reconnaissent l’importance de la rémunération pour recruter ou fidéliser, sous-estiment la détérioration des conditions de travail pointée par les salariés et leurs demandes d’acquisition de nouvelles compétences. Paradoxalement, plus d’un DRH sur trois pense qu’il aura du mal à recruter pour cause de pénurie de compétences sur le marché du travail…
Pessimisme ? L’écart de points de vue se creuse sur la formation. Suivre une formation longue est plébiscité par plus d’un salarié sur deux (pour renforcer leur motivation)…. Pourtant, la formation est reléguée à la dernière place des 16 critères testés par les sondeurs auprès des DRH sur l’importance accordés par les salariés aux outils dont ils disposent en matière de GRH (gestion des ressources humaines). Une divergence qui reposerait sur la durée du cursus évoqué, selon Adecco. « Les salariés souhaitent des formations longues pour rebondir ou changer de métier quand les DRH privilégient les adaptations immédiates au poste de travail », souligne Thomas Barbaste, directeur des ressources humaines pour Adecco Groupe France. Et de souligner que les DRH sont « également plus pessimistes que les salariés sur la possibilité de changer de secteur ou d’emploi. » Sauf que 68 % des DRH se disent optimistes sur leur capacité à faire évoluer leurs salariés et 74 % sur leur capacité à les fidéliser… « Les DRH se montrent plus pragmatiques. Ils estiment avoir dans leur propre entreprise les moyens de mettre en œuvre de véritables politiques de mobilité même s’ils reconnaissent qu’au niveau global, des freins importants persistent », note Thomas Barbaste.
Prise de risque. Côté salariés, la prudence est de mise. Parmi les freins cités pour changer d’entreprise, 96 % craignent de devoir accepter un salaire moins élevé, 91 % ne sont pas prêts à renoncer à un CDI. Au total : 89 % hésitent à quitter leur emploi. Pire : 41 % craignent de perdre leur job dans les mois à venir. Conjoncture oblige, les DRH souhaitant faire évoluer leurs troupes en interne disposent par la force des choses, et à court terme du moins, d’un certain nombre d’atouts.
(1) Baromètre de la mobilité, regards croisés DRH/salariés. Enquête effectué auprès de 401 DRH d’entreprises de plus de 20 salariés et de 1002 salariés entre le 2 et 12 juin 2010.
Laurence Estival
Juillet 2010