Considérant la question de la laïcité comme intrinsèquement liée à celle de l’intégration, le HCI (Haut Conseil à l’intégration) a récemment rendu un avis sur “l’expression religieuse et la laïcité dans l’entreprise”, qui, malgré des précautions sémantiques, frôle parfois la caricature.
Bien que voulant prouver que le débat sur les revendications religieuses se veut dépassionné et objectif, et avec la signature de personnalités a priori au-dessus de tout soupçon, certains éléments de l’avis du Haut Conseil à l’intégration sur les revendications religieuses peuvent heurter suite à une lecture attentive. L’avis se réfère pourtant souvent à une étude – non publiée –, menée par le cabinet First&42nd, nourrie de témoignages d’entreprises, d’experts, d’intellectuels et de juristes apportant de nombreux éclairages et de points de vue différents, permettant ainsi de prendre le recul nécessaire sur cette question ô combien délicate. Exemple de points qui nous semblent poser problème.
“Bien des managers sont laissés seuls face à leur questionnement et l’arbitraire tient parfois lieu de lois. Autant d’accommodements avec la pratique religieuse qui conduisent alors à une grande variation dans la pratique : entre ceux qui ne veulent rien entendre et ceux qui s’accommodent, bon gré, mal gré, de demandes au détriment de l’intérêt de tous” (page 7 de l’avis). Les exemples de résolution de conflits par le dialogue social sont rarement évoqués dans l’avis, contrairement à l’étude de First&42nd, et on présuppose que ces revendications lèsent systématiquement les autres salariés.
Pourtant, les demandes en question, tout au moins les plus courantes, ne semblent pas être un vrai souci pour le HCI : “les habitudes alimentaires et les demandes d’aménagement d’horaires ou de jours peuvent être gérées avec une certaine souplesse dans les entreprises, sans que cela ne contrevienne trop fortement à la bonne marche de l’entreprise”, reconnaît-il (page 8 de l’avis). Ainsi, le respect de la période du ramadan, notamment, questionne les employeurs et suscite des aménagements, mais ne semble pas représenter de difficulté majeure.
Paradoxalement, quelques paragraphes plus loin, l’avis estime que “l’assignation identitaire à laquelle ont pu conduire certains accommodements mettant une étiquette sur une partie du personnel, dont on finit par préjuger des pratiques et des croyances (ceci est particulièrement vrai durant le jeûne du ramadan) est mal vécue par nombre de salariés”. Sans que l’on sache d’ailleurs ni pour quelles raisons, ni à quoi correspond ce “nombre de salariés”.
Autre formulation prêtant à confusion : “L’enquête précitée du cabinet First&42nd témoigne d’une grande difficulté pour les entreprises à gérer la question de la place de la religion en son sein, d’autant qu’elle relève le plus souvent de demandes d’employés de confession islamique.” Alors que l’étude explique justement pourquoi cette prééminence est effective, notamment pour des raisons “numériques” – l’Islam représentant la deuxième religion en France –, et comment ces difficultés comprennent également une part de “fantasmes”, de craintes souvent irrationnelles par rapport à cette religion, ce raccourci laisse songeur.
Consulter l’avis du HCI sur l’expression religieuse et la laïcité dans l’entreprise en PDF.
Dominique Perez
Septembre 2011