La dernière Note de conjoncture sociale d’Entreprise & Personnel(1) alerte les employeurs sur les chantiers décisifs à venir : stress, santé, discrimination… Jean-Marc Le Gall, directeur d’études de cette association, en souligne le contexte et l’urgence.
Vous décelez des « signaux faibles » de conflit en entreprise. Quels sont-ils ?
La protestation existe bien, mais elle a changé de nature. Moins frontale, elle s’exprime dans le rejet des heures supplémentaires – qui sont imposées ou trop lourdes malgré le volontariat –, les grèves du zèle, les débrayages de courte durée, les pétitions, les protestations catégorielles… Chez les cadres, les refus de promotion sur des postes de management se multiplient. Impensable il y a dix ans ! Ils veulent bien progresser, mais dans leur filière ou sur des postes fonctionnels moins exposés. Plus préoccupant encore : les enquêtes d’opinion montrent une méfiance croissante des salariés au regard des élites d’entreprise. Une bonne partie des managers partagent ce sentiment. Je crois que l’urgence, c’est de travailler mieux plutôt que de travailler plus.
Quid de la santé au travail ?
En France, l’insatisfaction au travail reste plus élevée qu’ailleurs. On ne trouve aucun groupe français dans le « top 100 » des entreprises où il fait bon travailler selon l’institut « Great Place to Work ». Le nombre de décès par accident au travail ne baisse pas. Le management perçoit bien le danger par rapport au stress, pour eux et leurs équipes, mais personne n’y apporte de réponse adaptée. Vieillir à son poste est aussi un problème de cadres. Le sujet santé est transversal, qualitatif, or il n’y a pas de patron de la qualité du travail. Toute la difficulté consiste à raisonner autrement. Réfléchir aux conditions de travail, c’est heurter la temporalité naturelle de l’entreprise qui vit au rythme de la compétition et de la productivité. Il faut déjà rétablir un vrai dialogue professionnel au quotidien à l’échelle des managers de proximité.
Qu’en est-il de la valorisation de la diversité ?
Je constate que la HALDE [Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité] monte en puissance. Si elle propose de bonnes pratiques aux employeurs volontaires, elle va aussi vérifier sur le terrain. La menace juridique s’est affirmée et l’employeur a intérêt à se saisir du problème en amont, en observant de près, via des audits spécifiques, les éléments discriminatoires dans ses processus de recrutement, d’évaluation, de gestion de carrière, de rémunération, etc. Il peut sensibiliser, sans culpabiliser, ses managers et ses équipes RH au fait qu’eux aussi véhiculent des représentations de la femme, du senior, du Noir ou du Maghrébin, etc. Plus lucide, il créera alors un climat qui sera perçu comme plus sain par ses salariés.
(1) « Mêlée ouverte », octobre 2007, 45 pages.
Propos recueillis par Marie-Madeleine Sève
Décembre 2007