Conséquence directe de la série de suicides qu’il a connu et de la reprise en main du gouvernement, France Télécom gèle les mobilités. Sauf une… Le numéro 2, Louis-Pierre Wenes, directeur général adjoint en charge des opérations France, est débarqué.... Et devient conseiller spécial de Didier Lombard. Il est remplacé par Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde.
Didier Lombard a-t-il véritablement le choix ? Après Christine Lagarde, ministre de l'économie, c’est Xavier Darcos, ministre du Travail, qui s’intéresse de près au mal-être des salariés de l’opérateur historique. Pour mettre fin à la crise, le P-DG annonce un éventail de mesures concrètes. Objectif affiché : envoyer des signaux forts à l’ensemble de ses salariés et changer les pratiques managériales. Dernier rebondissement : le départ de Louis-Pierre Wenes, qui a remis sa démission hier. « C’est un geste fort et symbolique attendu », a souligné la CFDT qui dénonçait son « manque d’empathie envers les salariés de France Télécom et ses méthodes de management par le stress ». Il reste cependant chez l'opérateur historique comme "conseiller spécial" du président.
Gel des mobilités. Les mobilités internes, particulièrement mises en cause dans le malaise ressenti par les salariés, sont suspendues jusqu’en début 2010. C’est ce qu’affirme aujourd’hui Didier Lombard aux organisations syndicales dans son discours sur le nouveau « contrat social ». « Elles ne doivent plus être imposées sans qu’un choix réel soit proposé », souligne le P-DG qui demande « à ce qu’au moins deux opportunités d’évolution soient proposées en cas de réorganisation ou de fermeture de site. » Autre mesure annoncée : la fin du principe de mobilité systématique tous les trois ans des cadres.
Un « médiateur des mobilités » - Jean-Michel Serre, par ailleurs chargé de la gestion de crise, a été nommé en interne. Il pourra être saisi directement par tout salarié, ou via une organisation syndicale, en cas de contestation d’un changement de poste.
La direction contrôle-t-elle encore ce qui se passe au sein au groupe ? On peut en douter. Si elle affirme d’une part « qu’il n’existe plus depuis fin 2008 d’objectifs chiffrés de diminution d’effectifs », elle reconnait qu’ils peuvent encore apparaitre dans des objectifs individuels de certains managers. (lire à ce sujet le témoignage d'un cadre de France Télécom). « Nous avons dénoncé, en début d’année, l’existence d’objectifs ‘’secrets’’ de supprimer 10 à 12 000 emplois d’ici 2012. Ils ont mis en place une mécanique de diminution d’effectifs qu’ils ne sont pas capables d’arrêter en trois jours », analyse Sébastien Crozier, délégué CFE-CGC-Unsa chez France Télécom.
Darcos au chevet. Actionnaire majoritaire, l’État semble vouloir reprendre en main le management de l’opérateur télécom. Dans une lettre adressée le 2 octobre 2009 à Jean-Denis Combrexelle, directeur général du Travail, Xavier Darcos lui demande « d’intensifier le processus d’état des lieux déjà engagé par une mobilisation exceptionnelle de l’inspection du travail » et de lui adresser une synthèse hebdomadaire de dysfonctionnements éventuels. Concrètement, les directeurs régionaux du travail « signaleront dans ce cadre tous les indices de non respect des engagements pris au niveau national, les infractions au droit du travail qu’ils pourraient constater », affirme le ministère. Objectif : « vérifier que les mesures d’urgence annoncées sont mises en œuvre de façon effective pour permettre à France Télécom de retrouver la sérénité nécessaire à l’exercice de son activité. » Seul hic : « les 65 000 fonctionnaires ne sont pas soumis à l’inspection du travail à titre individuel, même s’ils peuvent y recourir sur un plan collectif », souligne Sébastien Crozier, pour qui la situation « reste très fragile. »
Nouvelles perspectives. En interne cependant, le départ de l’ex-numéro 2 et l’arrivée de Stéphane Richard - qui doit succéder à Didier Lombard en 2011 - sont perçus comme des bonnes nouvelles. « Les conditions sont réunies pour rebâtir un projet industriel et recréer le lien», analyse Sébastien Crozier.
Nathalie Samson
Octobre 2009