« Jeunes et seniors sont déjà devenus des infidèles mobiles » (Olivier Spire, P-DG Quincadres)

De la « désillusion » à la « mutation », la dernière étude qualitative du cabinet de recrutement Quincadres explore le ressentiment et les attentes des cadres. Son P-DG, Olivier Spire, détaille cette « chronique d’une rébellion annoncée » (1).

À quoi est due la « rébellion » des cadres que vous évoquez ?
À un changement de modèle. Dans les entreprises, les financiers ont pris le pouvoir, imposant la tyrannie du court terme. Autrefois médiateurs entre la direction et la base, accélérateurs de progression pour leurs équipes et l’entreprise, les cadres se sentent devenus des fusibles. Exclus des décisions stratégiques, isolés, ils se disent pris entre le marteau et l’enclume. Nous ne nous attendions pas à une vision aussi alarmiste : les cadres interrogés parlent de promesses trahies, de désespoir. La mondialisation est perçue comme un naufrage, la retraite comme une illusion, faute de financement. Frustration, stress, malaise font de l’entreprise une menace, et non plus le lieu d’une relation affective.

Cette grave désillusion se traduit-elle par des actes ?
Un petit tiers des cadres interrogés ont envie de se rebeller, sur deux thèmes : d’abord, reconstruire la relation cadre-entreprise, en devenant des offreurs de services dans un « investissement à durée déterminée ». Ils revendiquent aussi un devoir d’ingérence, voire d’opposition quand la morale ou le droit sont bafoués. D’autre part, ils veulent réinventer la relation au travail, en mettant en avant la personne, dans l’écoute, l’accomplissement, et en réaffirmant la frontière avec leur vie privée. Cette révolution a déjà été accomplie, par les jeunes et les seniors. Les jeunes, parce qu’ils sont courtisés, parce qu’ils ont vu les aînés mis sur la touche, sont devenus des offreurs de services, qui placent leur épanouissement sur un piédestal. Même prise de recul pour les seniors, qui reviennent sur la scène de l’emploi, souvent après être passés par la case missions. Ces deux groupes, qui ont accompli leur mutation, forment les extrêmes d’un ensemble intergénérationnel susceptible d’interpeller tous les acteurs : cadres confirmés de 30 à 50 ans, mais aussi actionnaires et entreprise confrontés à une pénurie aiguë de cadres.

Cette situation va-t-elle se traduire par plus de mobilité pour les cadres ?
Jeunes et seniors sont déjà devenus des « infidèles mobiles », prêts à aller voir ailleurs quand l’accomplissement n’est pas au rendez-vous. Désillusionnés, les cadres confirmés vont être atteints par ce virus de la rébellion. Côté mobilité externe, la demande est telle qu’on assistera à des débauchages presque hystériques. La mobilité interne, quant à elle, ne satisfera les cadres que si on réinsuffle des valeurs dans leur job. La formation continue, enfin, a un rôle à jouer si elle met l’accent sur le management, le travail d’équipe, la communication, le développement personnel… et les relations entre générations !

(1) Enquête qualitative réalisée auprès de soixante-dix cadres avec le cabinet Gatard</citation> et Associés, disponible en ligne sur www.quincadres.fr/cadres.asp.</citation>

Propos recueillis par Myriam Greuter

Mai 2007

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