Le chômage et la précarité des jeunes augmentent… Et ceux-ci se sentent mal-aimés par le monde de l’entreprise. Pour Thibaut Lanxade, auteur de « Jeunes et entreprise : réussir la connexion » (1), et créateur de l’association Positive entreprise, des solutions existent pour changer la donne.
Pourquoi avez-vous créé l’association Positive Entreprise ?
Il y a deux ans, j’ai écrit “génération 35h”, un ouvrage en forme de témoignage sur cette nouvelle génération qui abordait le monde du travail d’une façon particulière. Ayant établi un constat sans apporter de solutions, j’ai eu envie d’aller plus loin et d’échanger avec des entreprises confrontées à cette problématique de l’intégration des jeunes. C’est ainsi qu’est née l’association Positive entreprise. Ce « think tank », qui souhaite rapprocher les jeunes et le monde de l’entreprise, se propose d’alimenter le débat par du contenu (études, sondages) et des manifestations sur ce thème.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’intégration des jeunes dans l’entreprise ?
C’est mon expérience de manager. D’abord chez Shell, à la tête d’un réseau de stations-service, puis comme P-DG de Gazinox, je me suis trouvé en très fort décalage devant une génération dont les préoccupations me semblaient très éloignées des miennes au même âge. J’avais à peine quelques années de plus qu’eux, et je me sentais pourtant plus proche de la génération de mes parents que de celle-ci. J’ai eu envie d’expliquer ce fossé. Aujourd’hui, je constate que la situation des jeunes sur le marché du travail s’est dégradée. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 22 % (le niveau le plus élevé d’Europe), et 70 % de ceux qui travaillent sont en situation de précarité : CDD, stage ou intérim. Il faut mobiliser tous les acteurs pour changer cette situation.
Dans votre dernier ouvrage “Jeunes et entreprise : réussir la connexion”, vous exhortez les entreprises à comprendre les jeunes. Que doivent-elles comprendre exactement ?
Elles doivent comprendre que les jeunes arrivent dans l’entreprise avec des revendications, mais aussi une forme d’engagement, en rupture avec ce que les entreprises ont connu jusqu’alors. Les jeunes acceptent de s’investir dans l’entreprise dans une démarche gagnant/gagnant. Ils veulent des contrats de mission, attendent d’être intégrés plus fortement, d’exercer plus vite des responsabilités et surtout de comprendre la finalité de leur travail.
Par leur comportement, les jeunes remettent clairement en cause l’autorité quand elle n’est pas légitime. Cette disparition de la docilité de principe à l’égard de la hiérarchie est saine, même si elle est difficile à gérer pour l’entreprise.
Qu’est-ce que cette nouvelle génération peut apporter à l’entreprise ?
Une richesse créative, un grand éveil sur le monde. Une envie de se dépasser et de contribuer à faire avancer l’entreprise aussi… À condition que celle-ci fasse l’effort de leur donner des objectifs explicites et cohérents. Cette génération est décontractée, décomplexée, bien en phase avec elle-même et avide d’atteindre ses objectifs. Je n’adhère pas aux discours dénigrant l’absence d’engagement des jeunes. Ils sont vraiment prêts à travailler dur et à s’engager… pour peu qu’ils soient investis d’une mission.
Que peuvent faire les entreprises pour répondre à leurs attentes ?
Sur le fond, faire preuve de transparence et comprendre l’exigence des jeunes vis-à-vis du contenu des missions qui leur sont confiées. Ensuite, il y a beaucoup initiatives de certaines entreprises qui pourraient être généralisées : par exemple, instaurer un système de parrainage des jeunes entrants, leur offrir une hot line pour répondre à leurs questions, proposer des réunions d’information et d’échanges, pour qu’ils puissent avoir l’occasion de s’exprimer. L’entreprise doit aussi s’engager à valoriser les stages et mettre en place des dispositifs anti-précarité : cadrer le nombre de stages, mieux les rémunérer… Le dernier chapitre de mon livre est consacré aux solutions possibles pour les entreprises.
Vous venez de créer une entreprise. Employez vous des jeunes ?
Oui. Dans notre start-up, sur huit salariés, trois ont moins de 25 ans. J’aurais pu prendre des stagiaires mais j’ai choisi de proposer des emplois fermes. Même si ce sont des CDD pour l’instant.
(1) « Jeunes et entreprise : réussir la connexion », éd. Editea, avril 2008.
Propos recueillis par Marie-Pierre Noguès-Ledru
Mai 2008
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